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  FERNANDA GASTALDELLO nous propose une biographie dans :

ANDRE LEO Femme écrivain (1824-1900) publié dans les cahiers du pays Chauvinois

dimanche 10 janvier 2010, par Fernanda Gastaldello

FERNANDA GASTALDELLO

 

ANDRÉ LÉO (1824-1900),

FEMME
ÉCRIVAIN AU XIXe SIÈCLE

 

 

AVANT-PROPOS

 

 Les
commémorations sont toujours de bons moments pour des
relectures, des réflexions, des confrontations d’idées.
L’an 2000 étant le centenaire de la mort de
l’écrivain André Léo, je crois à la
nécessité de confirmer et relancer l’originalité
et l’ampleur de son
œuvre,
comme enrichissement au débat qui, depuis quelques années,
commence à témoigner de la volonté de sa
réhabilitation concrète et définitive, après
un siècle d’oubli.

 

 Un silence
autour de sa personne qui est difficile à comprendre et à
justifier.

 

 L’écrivain 
Edith Thomas rappelait dans son livre
Les
pétroleuses
les mérites 
d’André Léo et se demandait en même
temps pourquoi elle n’a trouvé nulle
part la place qui lui revient de droit :

 

Ces
buts de la Commune, cette pensée cohérente qui anime
les meilleurs des communards, nous les trouvons exprimés par
André Léo dans d’excellents articles. Et
l’on peut se demander par quelle injustice de l’histoire,
une femme qui a laissé des romans plus qu’estimables,
qui a joué dans la Commune un rôle important, n’a
trouvé nulle part la place qui lui revient de droit.
[1]

 

 Considérée
“bas bleu” par une partie de la critique
[2],
elle reçut pourtant, au début de sa carrière
littéraire, de nombreuses appréciations. Citons à
titre d’exemple l’opinion de M.Duriez à propos
d’un des premiers romans d’André Léo :
Un mariage scandaleux  :

 

 Pour
moi, ce roman est une des œuvres les plus remarquables que ces
dernières années aient vu éclore… la main
qui a signé ce pseudonyme ne s’en tiendra pas là
et nous donnera bientôt d’autres œuvres dignes de
toute l’attention de la critique.
[3]

 

 André
Léo fut une femme aux principes solides, qui plaida sa
cause par son
œuvre
littéraire et ses actions politiques. Elle milita avec
acharnement, mais surtout sans aucune sorte de compromission et
même parfois en “solo” pour la défense
des principes de solidarité, coopération, émancipation,
égalité, justice, démocratie ; elle voulut et
sut lever sa voix forte et orgueilleuse quelquefois même
en désaccord avec ses camarades et compagnons de lutte, comme
par exemple lors de l’ « affaire Rossel »
[4]
pendant la Commune de Paris ou quand elle 
prit nettement parti contre Marx et le Conseil Général
de l’Association Internationale des Travailleurs, qu’elle
jugeait une institution autoritaire, hiérarchique et trop liée
à la vieille organisation sociale.

 

 Quand dans ses
textes elle plaidait l’instruction des femmes ou leur droit à
un salaire comparable à celui des hommes, quand elle
condamnait les mariages “ de convenance” ou 
les religions qui s’allient aux systèmes politiques
autoritaires et centralisateurs, pour ne citer que quelques-uns des
thèmes qui lui étaient chers, elle abordait des
sujets brûlants, périlleux, qui gênaient l’opinion
publique et l’ordre social.

 

 Rejetée
donc par la bourgeoisie, d’où elle était pourtant
issue, contestée par d’importants secteurs du
socialisme contemporain, elle s’est destinée
à l’isolement et à l’oubli.

 

 Sa condition
de femme, en outre, ne l’a certes pas aidée à
s’affirmer dans une société où les
principes de l’infériorité de la femme étaient 
encore bien solides.

 

 C’est
certainement par la réédition de son œuvre, par
la lecture directe de ses romans, de ses contes, de ses traités,
de ses nombreux articles de presse qu’on parviendra enfin à
saisir la portée de ses idées, ainsi que ses
mérites littéraires, lui rendant enfin justice.

 

 

 

LES PREMIÈRES ANNÉES EN POITOU

 

LA FAMILLE BÉRA

 

Léodile
Béra, voilà son vrai nom de naissance, naquit à
Lusignan, un village du département de la Vienne, le 18
août1824. Issue d’une famille honorable et considérée 
de la moyenne bourgeoisie, elle fut la cinquième de huit
enfants, nés de trois mariages différents de son père.

 

 Il est
significatif de remarquer que la biographie d’André
Léo a été étudiée avec très
peu d’attention par les historiens du passé. Les
erreurs sur son nom ainsi que sur son lieu ou sa date de
naissance chez Larousse, Lorenz, Maitron, Noël
ou dans
Visages du Poitou en
sont des exemples flagrants
[5].
Nos sources sont directes : les registres de naissance de la
Municipalité de Lusignan.

 

Son
grand-père paternel, M. Joseph Charles Béra , eut sans
doute une influence considérable sur son éducation.
Avocat, il entra en politique lors des événements
révolutionnaires de 1789 et fonda, avec d’autres
francs-maçons, le club “Les amis de la
Constitution” où il se fit connaître comme
orateur. Il contestait la noblesse et le clergé de
Poitiers, il défendait le droit à l’instruction
de la classe moyenne, il appréciait les paysans et leur
travail.
[6]

 

Le père
de Léodile, Louis Zéphirin Béra, fut d’abord
officier de marine, puis homme de loi, lui aussi ; notaire à
Lusignan, puis juge de paix du canton de Champagné
Saint-Hilaire, son travail était apprécié par
tous ses administrés. Marié trois fois, Léodile
naquit de son troisième mariage avec Thalie Belloteau.

 

 La famille
Béra s’installa bientôt à Champagné
Saint Hilaire, à 25 Km. de Lusignan, dans une propriété
privée, le domaine de la Carlière, qu’elle avait
achetée comme bien national après la Révolution
Française. André Léo y vécut 
jusqu’à l’âge de 27 ans : elle quitta
Champagné en 1851, année de son mariage.

 

LES ANNÉES DE FORMATION

 

Les années
passées ici sont évidemment à considérer
comme les années de sa formation : tout contribua -études,
lectures des livres de la bibliothèque de famille, observation
attentive du milieu rural environnant- à former sa
personnalité et à préparer le terrain pour son
engagement successif.

 

Même 
beaucoup plus tard on relèvera dans ses articles, mais surtout
dans ses romans, des thèmes liés à
sa jeunesse en Poitou.

 

 Lorsqu’elle
vivra à l’étranger, en Suisse ou en Italie,
ou lors de ses expériences parisiennes, elle songera
avec nostalgie et tendresse au terroir de son pays
natal, aux manières de vie simples et authentiques
des paysans, mais aussi à leur misère. Elle le
fera avec affection et sens du réalisme.

 

 

Sous
un ciel pur s’étend une vaste plaine…Quoique
parsemée de massifs et de bois, cette plaine couverte d’une
haute chevelure de brandes et de bruyères, de loin semble
inhabitée ; mais en la traversant on découvre ça
et là, au détour d’un bouquet d’ormeaux, le
toit d’une petite métairie avec son champs rougeâtre
et son pré, dont le vert joyeux tranche sur le fond
sombre de la lande…C’est dans une des parties les plus
fertiles de la France, en Poitou, que s’étendent ainsi
de vastes terrains incultes, pleins d’une beauté
poétique toute particulière, mais attristants au point
de vue du bien-être des populations.
[7]

 

 Parfois la
minutieuse description du souvenir deviendra un précieux
témoignage des vieilles coutumes et traditions du Poitou.

 

Les vieux
costumes de cette partie du Poitou qui avoisine les Deux-Sèvres
sont très pittoresques. Je dis les vieux, car peu de jeunes
gens les portent encore aujourd’hui, sauf dans les localités
tout à fait rurales. …Aujourd’hui, dans les gros
villages, comme dans les villes, la femme du peuple traîne
dans la fange des rues, dans la poussière des champs et les
sueurs du travail, une jupe longue, et même parfois des volants
en loques, au lieu de la jupe courte de bure, qui donnait à la
paysanne un air si propre et si leste, outre la commodité de
ses mouvements. Autrefois, l’ancienne coiffe de “linon”
blanc (comme disaient nos pères) encadrait à ravir un
frais visage, qu’on est tout surpris de trouver moins
frais et moins joli, dégagé de cet ornement.

On
trouve encore, dans les environs de Lusignan, les habitants des
fermes et des hameaux coiffés d’un chapeau de feutre
noir à larges ailes, vêtus de la blouse de cotonnade
bleue, brodée autour du cou, des manches, et sur toutes les
coutures, en chaînette de fil rouge et blanc, avec la cravate
d’indienne, à couleurs vives ; mais ils sont rares
les vieux, s’il en est encore, qui gardent la culotte courte et
les guêtres de drap – cette culotte courte dont on ne
veut plus nulle part, sinon dans les cours, dernier asile de la
friperie du siècle passé.
[8]

 

 Mais c’est
aussi en ces années qu’elle commença à
prendre conscience et à réfléchir sur pas mal
d’injustices ou préjugés : les paysans en
général, mais les femmes plus que les hommes,
recevaient un salaire dérisoire en échange d’un
travail exténuant, et il n’était pas rare 
de les voir mourir d’inanition pendant les années de
disette. Victimes d’une ignorance séculaire, ils
acceptaient leur sort. Les femmes devaient en plus supporter les
fatigues du ménage.

 

De son
côté, la petite bourgeoisie rêvait d’un
statut social plus haut et méprisait les valeurs saines et
simples de la paysannerie.

 

 Ces réflexions
sur les souffrances du monde paysan et les fausses ambitions de la
petite bourgeoisie devaient changer le cours de la vie de Léodile,
qui embrassa la cause des opprimés.

Sa liaison et son futur mariage avec le
socialiste Grégoire Champseix représentèrent une
étape significative de ce cheminement.

 

UNE VIEILLE FILLE

 

 

Léodile
se passionnait déjà pour l’écriture. Son
premier roman,
Une vieille fille,
fut sans doute écrit dans sa terre d’origine, car 
sa première édition date de 1851.
[9]

 

Le
roman fut édité à Bruxelles, chez Alphonse-N.
Lebègue imprimeur-éditeur. Aidé par sa femme,
Marguerite Schubert, Alphonse Lebègue s’occupait entre
1842 et 1854 de la publication d’œuvres françaises
qui, pour la plupart, venaient de paraître en feuilleton dans
des revues ou des journaux français.
[10]

 

À
l’époque, la Belgique était le centre de la 
“contrefaçon” des œuvres françaises
et l’éditeur pouvait publier sans le consentement de
l’auteur. C’est pourquoi dans le frontispice du livre A.
Lebègue inscrivit la formule “ propriété
de l’éditeur” .
[11]
Cette édition belge de 1851 nous autorise
donc à supposer que
Une
vieille fille
 parut en
feuilleton la même année ou peu avant, dans une revue ou
un journal français.

 

L’histoire
se déroule en Suisse, près de Lausanne. On y conte
l’histoire d’un jeune étudiant montagnard 
allemand, Albert, qui donne des cours particuliers à des
habitants du village. Il loge chez Mlle Marie Dubois, femme 
sensible et généreuse, mais souvent triste, beaucoup 
plus âgée que lui. Elle s’était vue
auparavant le jouet d’un homme qu’elle croyait amoureux
d’elle. Déçue, elle avait décidé de
mener une vie solitaire, se tenant à l’écart du
monde.

 

Mais Albert
se sent de plus en plus attiré vers Marie, avec qui il 
découvre avoir bien des affinités, malgré
leur différence d’âge (elle a dix ans de plus que
lui). Leur amitié se renforce et après plusieurs
vicissitudes ils se marient et ont un enfant.

 

On peut
déjà y admirer le plaisir à décrire les
beaux paysages ( le lac, les montagnes suisses, que Léodile
connaissait évidemment déjà) et une
extrême finesse dans l’analyse des caractères.

 

 On y trouve en
même temps déjà des contestations aux préjugés
courants : l’auteur se déclare contre les
unions calculées et superficielles, ou contre l’idée 
que la beauté soit la qualité la plus importante 
chez une femme. C’est le triomphe de l’amour qui, lui
seul, donne le vrai bonheur.

 

 

 

LA PREMIÈRE
PÉRIODE SUISSE (1851-1860)

 

LE
MARIAGE

 

Léodile 
épousa un des principaux disciples de la doctrine du
philosophe Pierre Leroux
[12],
Pierre Grégoire Champseix, rédacteur de la
Revue
Sociale
, de l’ Eclaireur
du Centre
et du Peuple,
des revues libérales.

 

Léodile
était fille de la petite bourgeoisie, Grégoire , au
contraire, était fils de paysans. Leur union 
contrevenait aux habitudes sociales de l’époque, selon
lesquelles c’étaient les familles qui 
organisaient les mariages à l’intérieur de leur
rang social, en considération de la dot ou des titres
honorifiques.

 

Mais
Léodile et Grégoire s’aimaient de conviction
profonde, Grégoire demanda la main de Léodile à
son père qui la lui accorda.

 

Après 
le coup d’état du 2 décembre 1851, Grégoire
se réfugia en Suisse, à Lausanne, où
Léodile le rejoignit.

 

 

 

 Le mariage eut
lieu dans l’église catholique d’Assens
[13] 
le 20 décembre 1851, dès que les
époux obtinrent les actes civils et religieux de procédure
ainsi que la dispense de l’autorité ecclésiastique
pour pouvoir célébrer le mariage pendant la période
de l’avent.
[14]

 

Grégoire
était professeur au collège, poste qu’il avait
obtenu par concours, Léodile se passionnait à écrire.

 

 En
Suisse André Léo écrivit son plus fameux roman,
Un mariage scandaleux ,
et commença
Un divorce,
deux romans qui ne furent publiés que
quelques années plus tard, en France. On en parlera plus loin.

 

LA FORCE DE L’AMOUR

 

L’union 
entre Léodile et Grégoire fut heureuse et devint 
pour l’écrivain un modèle édifiant
à imiter.

 

Le mariage
fut un thème privilégié des romans d’André
Léo. L’amour, le partage des idées, le
respect entre les époux représentaient pour elle la
condition nécessaire pour garantir non seulement le
bonheur des époux, mais aussi le renouvellement de la
société et la moralisation des mœurs. D’après
André Léo, la famille était en effet le moteur
de la société : si, au sein de la famille on respecte la
liberté et la dignité d’autrui, on deviendra de
“vrais démocrates” dans la société.

 

 André
Léo croyait profondément à l’amour 
et en chantera toujours les vertus :

 

Je crois de
toutes les forces de mon âme à l’amour vrai, à
la fois idéal et charnel, aspiration

 de
tout l’être, où la femme n’est plus l’idole
d’un jour, mais la compagne, l’amie, l’amante

 de
toute la vie ; à l’amour qui élève,
moralise, féconde, et dont la famille est le but et l’une

des
principales joies….cet amour est le seul qui réponde
individuellement à tous nos besoins, socialement à la
justice, de même que physiquement il est le seul conforme aux
lois naturelles.
[15]

 

De
leur union naquirent à Lausanne, le 8 juin 1853, deux jumeaux
auxquels ils donnèrent les prénoms d’André
et Léo, d’où évidemment le choix du
pseudonyme de Léodile Béra. On peut supposer qu’ils
ne furent pas baptisés, puisque dans le registre des
naissances la case réservée au baptême est
vide.
[16]

 

 Les Chamspeix
restèrent neuf ans à Lausanne, où ils habitèrent
dans des quartiers populaires. En 1857 ils se rapprochèrent du
lac, ils vécurent alors à Cour, un quartier encore très
campagnard, puis de nouveau à Lausanne.
[17]
Vers le printemps 1860 ils déménagèrent
à Genève où Grégoire devait prendre
l’administration d’une feuille libérale,
L’Espérance. Ils
n’y restèrent que quelques mois : l’amnistie
du 3 août 1860 accordée aux exilés 
politiques les ramena en France, où ils s’installèrent
à Paris, dans le quartier des Batignolles. 

 

 

 

LA ROMANCIÈRE D’
AVANT LA COMMUNE (1861-1870)

 

LE SUCCÈS LITTÉRAIRE

 

Léodile,
qui avait déjà écrit en Suisse
Un
mariage scandaleux
,
 termina d’écrire, en octobre
1861, probablement à Fontmort
[18],
dans les Cévennes
, Un
divorce
.

 

 Dans la
capitale, elle fit de vains efforts pour trouver un éditeur
ou obtenir la publicité d’un journal : sa situation
de femme et de débutante lui empêchait l’accès
aux quotidiens. Les éditeurs lui reprochaient en outre
d’écrire des romans à thèse, à but
moralisateur, tandis que la tendance était pour l’édition
de romans plutôt “superficiels”, comme on lira dans
Les deux filles de M.Plichon :

 

Si
votre ami veut faire de la philosophie, qu’il édite
lui-même, il aura le plaisir de se lire imprimé. Mais
s’il veut faire des romans et être lu par les autres, il
faut qu’il s’occupe seulement de l’imagination de
son lecteur…
[19]

 

Enfin,
après beaucoup de refus
, en
1862
Le Siècle accepta
de publier
Un divorce,
sous la forme de roman-feuilleton. Par contre,
Un
mariage scandaleux
ne trouva aucun
éditeur, ni journal disposé à le publier ; 
ce fut ainsi que Léodile, qui sentait sa valeur, en risqua
l’impression à ses frais la même année
[20].

 

Le roman 
recueillit aussitôt des critiques favorables, qui
encouragèrent l’auteur après les
déceptions provoquées par les nombreux refus.

 

 L’horizon 
s’éclairait et les encouragements se multipliaient :

 

 Il y
a des paysages splendides…, des descriptions charmantes :
on voit le brouillard qui 

 s’élève,
les sillons qui fument, on sent la chaleur accablante de 
Midi, la douce brise du soir…

Il
y a des pages aussi belles que les plus belles de George Sand :
même force, même ampleur et même simplicité ; 
moins d’idéalité, peut-être, mais un plan
mieux conçu et une observation plus exacte.
[21]

 

 Un
divorce
 et Un
mariage scandaleux
 reprenaient 
avec plus de force qu’
Une
vieille fille
, le thème de
l’amour et des mariages de convenance.

 

 Dans Un
divorce
, en particulier,
André Léo mit à nu les effets néfastes
des unions qui se rompent du fait qu’elles ne s’appuient
pas sur des bases solides et honnêtes ; elle étudia
avec lucidité les conséquences du divorce : elle montra
la détresse de l’enfant que le père et la mère
se disputent, la souffrance de la mère qui ne peut pas
survivre à la mort de son fils. André Léo nous
met sévèrement en garde contre une fausse conception de
l’amour :

 

De
l’amour, que Dieu leur avait donné, les hommes ont fait
la débauche. Eh bien ! que le malheur donc, le crime et
la honte règnent dans le mariage, et bouleversent la société
jusqu’à ce qu’enfin on s’épouvante,
et qu’ils renoncent à faire de l’acte le plus
solennel et le plus grave l’enjeu de leurs orgueils et de leurs
cupidités.
[22]

 

Dans Le
mariage scandaleux
l’héroïne, Lucie, 
fille de la moyenne bourgeoisie poitevine, parvient à réaliser
son projet d’amour, à épouser Michel,
un jeune paysan désireux de s’instruire. Il étudie
avec détermination la botanique, l’agriculture, mais
aussi la géographie et un peu d’histoire, devenant
ainsi un “ habile agriculteur ”.

 

Par 
leur mariage Lucie et Michel défient les habitudes
sociales et les préjugés du village. Provenant de
classes sociales différentes les deux jeunes n’avaient
pas le droit de s’aimer et de s’unir en mariage, mais le
succès de leur union est la révélation de
la vacuité des règles en usage, fixées par la
tradition.

 

Ce roman
est un tableau de la société : au travers des
événements du récit André Léo
esquissa le portrait des bourgeois et des paysans. En
particulier elle dénonça les préjugés de
la bourgeoisie, préoccupée uniquement des apparences,
et exprima des appréciations favorables à l’égard
des paysans : Michel est juste et sincère ; il s’exprime
de façon simple, mais possède une morale solide.

 

 Par ses
descriptions minutieuses et colorées des paysages et des
traditions locales ce roman est aussi révélateur de
l’attachement profond de Léodile à sa terre
d’origine.

 

Ces
premiers succès littéraires encouragèrent André
Léo à continuer d’écrire.

 

Le
Grand Larousse Encyclopédique du XIXe siècle note que
 
l’heureuse mère 
pouvait à bon droit se montrer fière de tirer de son
propre fonds et de son intelligence les ressources nécessaires
pour subvenir aux frais de l’éducation de ses enfants 
,
à laquelle elle tenait particulièrement. Mais ce succès
fut en même temps la cause de la rupture douloureuse des
relations avec la famille Béra, qui n’accepta pas
l’engagement “ subversif ” de
Léodile.
[23]

 

Une
femme de cœur, Mme Elisa Lemonnier, fondatrice d’une
école professionnelle pour jeunes filles et toujours prompte à
patronner toute œuvre morale, l’aida de son
influence, et, secondée d’ailleurs par le succès
de
Un mariage scandaleux,
procura à Mme Champseix un éditeur en titre et de
nouvelles, sincères amitiés.
 [24]

 

Mais cette
période de sérénité fut vite obscurcie
par un terrible évènement : Grégoire
Champseix, dont la santé était très affaiblie à
cause des dures épreuves de l’exil, tomba malade et
mourut le 4 décembre 1863.

 

 Le
parti démocrate perdit en lui un homme juste et de cœur,
qui n’avait jamais cessé de rester fidèle à
ses idées
[25]

 

Depuis ce
moment, André Léo partagea son temps entre une intense
activité littéraire et de journaliste, un passionnant
engagement politique et ses enfants, qu’elle adorait.

 

Des romans,
des contes, deux traités, un essai, plusieurs articles se
succédèrent désormais à rythme
régulier et pressant.

 

 En 1865 André
Léo publia chez Faure éditeur
Les
deux filles de Monsieur Plichon
,
un roman épistolaire(soixante-deux lettres) dont l’action
se déroule de 1846 à 1852. Deux jeunes amis bourgeois,
très différents l’un de l’autre, 
confrontent leurs expériences de vie et abordent plusieurs
thèmes chers à l’auteur : l’amour dans
le mariage, le rôle des préjugés, mais déjà
aussi les vanités, les intrigues et le tumulte de la vie
parisienne, opposés à la simplicité et au calme
de la vie champêtre. Si dans
Un
mariage scandaleux
 le héros
était représenté par Michel , le paysan avisé
qui désirait s’instruire pour sortir de son rang, dans
Les deux filles de Monsieur Plichon,
le héros est William, un jeune bourgeois qui achète
cent hectares de bruyères incultes et va les transformer en
une propriété fertile , grâce encore une fois à
l’étude de l’agriculture, à la recherche
agronomique, à la confrontation d’idées avec
d’autres propriétaires fermiers, français,
allemands et même anglais. Avec sa femme, il songe aussi à
pourvoir à l’éducation des enfants du village,
par la réalisation d’une école buissonnière où
les enfants apprendraient la lecture, l’écriture, mais
aussi la science 
au point presque
exclusif de l’application, et qui sache dévoiler aux
enfants les secrets de la nature, sans les dépouiller de leur
poésie 
[26]

 

LA NÉCESSITÉ DE L’INSTRUCTION

 

Le thème
de l’éducation devenait central dans Jacques
Galéron
et dans Observations d’une mère
de famille à M.Duruy,
parus la même année. 

 

A
l’époque l’instruction primaire était
réglementée par la loi Falloux (1850), qui favorisait
l’enseignement confessionnel et déterminait le
rôle de l’instituteur : 
Le
principal devoir de l’instituteur est de donner aux enfants une
éducation religieuse et de graver profondément dans
leurs âmes le sentiment de leurs devoirs envers Dieu, envers
leurs parents, envers les autres hommes et envers eux-mêmes. 
[27]

 

Même
si la loi ne le prévoyait pas, dans la réalité
les instituteurs étaient soumis à l’autorité
du curé et du maire. Beaucoup de curés 
usèrent
de leurs droits avec intransigeance et tinrent à faire sentir
leur pouvoir 
[28]
de sorte que certains instituteurs, par peur
d’être démis ou mutés, subissaient
passivement ces ingérences.

 

 Jacques
Galéron, le protagoniste du roman homonyme, est au
contraire un instituteur qui paie les conséquences
de son indépendance. Il est démis de ses fonctions pour
avoir dénoncé la toute- puissance de l’Eglise
dans l’école.

 

Faut-il
donc, pour être instituteur, cesser d’être homme ?
et déposer aux mains d’un prêtre, que l’esprit
de sa caste fait votre ennemi, sa conscience, sa dignité, son
intelligence, ses affections, jusqu’à l’honneur de
sa femme ?
[29]

 

 Le livre
montre ses difficultés et la solitude à
laquelle il est condamné, méprisé des uns,
jalousé des autres : 
la
bourgeoisie le dédaigne, les paysans le jalousent, parce que,
né parmi eux, il gagne son pain sans sueurs et fatigue de
corps
[30]

 

En
cette période le ministre de l’Instruction publique
Duruy
[31]
avait apporté d’importantes réformes
au système éducatif : instruction gratuite et
obligatoire, organisation de l’enseignement pour les jeunes
filles - ce qui indigna le clergé-, mais le système
éducatif conservait son aspect confessionnel. André
Léo s’adressa à lui directement dans un appel,
Observations d’une mère
de famille à Monsieur Duruy.
 Quel
est le but de l’instruction ? lui demanda-t-elle.
Est- ce encore la religion et les dogmes ? Au lieu de faire
réfléchir l’enfant, on l’oblige à
croire dans les dogmes, des vérités qu’on ne peut
pas démontrer. Or, ce qu’il faut lui apprendre, c’est
la réalité qui nous entoure, c’est la
nature, ce sont les progrès de la science, c’est
l’histoire des civilisations, c’est l’amour pour
l’humanité, c’est enfin la “ morale
humaine ”, basée sur la foi dans le progrès
et sur le respect de toute personne.

 

Si
l’enfant a besoin de l’imaginaire pour s’intéresser,
donnons-le-lui, mais vrai : 
dans
l’histoire sainte de la nature, le merveilleux foisonne.
 [32]

 

André
Léo croyait que si on utilisait une méthodologie
s’appuyant sur l’observation et la pratique
[33],
si on présentait à l’enfant des programmes
captivants et adaptés à lui, faciles à 
élaborer et à comprendre, on épanouirait son
esprit et on l’habituerait au raisonnement.

 

La
psychologie de l’enfant acquérait ainsi chez André
Léo un rôle fondamental dans la définition des
objectifs éducatifs, et s’opposait aux méthodes
en usage, qui s’appuyaient essentiellement sur la mortification
de l’élève : 
les
coups pleuvaient, et la férule, lanière de cuir plate,
était l’attribut principal du maître qui ne
pouvait compter que sur la peur pour imposer un début de
sagesse. 
[34]

 

 Cette optique
révèle aujourd’hui toute son actualité :
depuis quelques décennies seulement la pédagogie
s’oriente en cette direction et valorise les besoins de
l’élève, lui faisant assumer une position
centrale dans l’activité didactique.

 

 L’attention
toute particulière qu’André Léo apportait
à la définition d’une pédagogie 
active, apte à captiver l’intérêt et à
enseigner des choses utiles, témoigne de sa volonté
d’attirer les masses, les paysans surtout, vers l’école,
pour en faire des paysans avisés et de bons citoyens.
Vers la moitié du XIXe siècle l’ignorance était
très répandue en France et aggravée par la haine
des paysans pour l’instruction, qu’ils considéraient
un luxe inutile. Parler d’école assumait alors une
valeur idéologique et traduisait l’aspiration 
à une société démocratique, républicaine
et laïque. Ce n’était que par l’instruction,
en effet, que le peuple aurait pu réaliser son émancipation
et libération sociale : 
l’instruction
du peuple, tout est là désormais, et tout est vain sans
cela 
[35]

 

UN ROMAN FÉMINISTE : ALINE-ALI

 

 Après 
L’idéal au village
( 1867), dans Aline-Ali
(1869) André Léo aborda le
thème de la prétendue infériorité de la
femme. En ces années la discussion sur le travail et
l’émancipation des femmes était très
animée (cf. plus loin le chapitre “ La défense
des droits de la femme ”). André Léo avait
déjà publié un traité sur la condition de
la femme,
La femme et les mœurs.
Liberté ou monarchie

mais souhaitait aborder le thème pour le grand public. Elle le
fit en écrivant un roman tout à fait original, qui a
pour thème l’aliénation de la femme dans le
mariage.

 

 Suzanne se
sent la victime de la tyrannie de son mari ; elle en souffre
tellement qu’elle se voue au suicide. Mise en garde par sa
sœur, Aline décide alors de se déguiser en garçon
pour étudier de près la vraie nature des hommes :

 

 [Sous]
cet habit… j’ai pu vérifier la justice des
accusations de ma sœur, et joindre aux 
leçons de sa cruelle expérience l’amertume de mes
dégoûts.
[36]

 

Aline peut,
en particulier, connaître en frère et en ami celui
qu’elle voudrait épouser.

 

 Le stratagème
du déguisement a aussi permis à André Léo
de démontrer que certains préjugés à
l’égard des femmes sont injustifiés et en donne
un exemple flagrant : le même ouvrage qu’une femme s’était
vu refuser par un éditeur a été successivement
accepté par le même éditeur, du fait qu’il 
était présenté par un homme. 

 

Par la
suite des contes furent publiés : Double histoire,
histoire d’un fait divers
(1867), Attendre-Espérer
et Les désirs de Marinette (1868). 

 

 Attendre-Espérer
est le récit d’une histoire intime,
d’un amour difficile à réaliser. Mais le thème
central y est encore l’instruction avec l’ouverture d’une
école pour adultes, au programme large et capable d’intéresser
les participants. Les descriptions des paysages abondent, à
confirmation d’une sensibilité particulière de
l’écrivain vis-à-vis de la nature. C’est
une nature extrêmement vivante, qu’il faut savoir
observer, souvent en harmonie avec les sentiments, l’âme
des personnages ou même capable de donner au protagoniste la
force de surmonter les obstacles.

 

Seuls, 
les promeneurs sans façon qui se reposent volontiers sur le
sein de la mère commune savent quelle activité
prodigieuse, quel tumulte étourdissant contient ce que les
superficiels appellent silence des champs, calme de la nature. Point
de Londres, point de Paris, dont l’élaboration soit plus
immense, plus emportée, plus complexe que celle de ce
laboratoire des forces secrètes où de la fleur à
la semence, des sucs aux racines, de la lumière aux tissus, de
la cellule au type,…tout se meut sans trêve.
[37]

 

 Mais
on découvre aussi, comme chez les romantiques, l’aspect
consolateur de la nature :

 

Bien
des craintes l’agitaient ; mais le ciel était si
splendide, tout ce qui l’entourait était si fécond,
si pur, si puissant, et respirait tant de vie, que l’air chaud
et embaumé, tout en remplissant sa poitrine, lui portait en
même temps l’espérance au cœur.
[38]

 

 Dans Les
désirs de Marinette
André
Léo aborda au contraire le thème de la puissance de
l’argent au travers des vicissitudes de la protagoniste.
La morale est sévère : Marinette se retrouve seule
et malheureuse pour avoir recherché le bonheur dans une vie
riche et mondaine, pour avoir négligé sa famille et en
particulier ses trois enfants. Ils se retrouveront toutefois ensemble
pour recommencer une nouvelle vie quand Marinette renoncera
définitivement à ses projets. 

 

 En 1868 André
Léo écrivit à Paris, en hommage à son
mari Grégoire Champseix, corrézien de Treignac, trois
contes,
Le vieux David, Le tisserand,
le tailleur et le berger et Le Drach
,
qu’elle regroupa sous le nom de
Légendes
corréziennes
. Ce sont 
des histoires du pays devenues ensuite des légendes ;
elle les publia deux ans plus tard, en 1870.

 

UN TABLEAU DE LA SOCIÉTÉ

 

Les romans
d’André Léo sont un vaste tableau de la société
de la deuxième moitié du XIXe siècle. On y
découvre la condition de vie de la femme, qu’elle soit
paysanne ou bourgeoise, sa soumission d’abord au père et
puis au mari, la tradition des mariages de convenance. On y
apprécie les simples habitudes paysannes, opposées aux
tensions de la ville ; on connaît le rôle de
la bourgeoisie et le pouvoir de l’argent ; on réfléchit
sur l’importance de l’éducation.

 

 Ce sont des
romans à thèse, qui devaient éduquer à
la vertu, à la moralisation

des mœurs. Pour assurer leur
fonction didactique, le style y était volontairement simple,
parfois déclamatoire et sentencieux ; les histoires
racontées, qui devaient conquérir l’esprit du
lecteur, proposaient des situations compliquées à
dénouement heureux. Mais cette écriture étroitement
liée à des buts moraux se libérait souvent pour
dévoiler une âme sensible et un lyrisme convaincant,
propres à une véritable artiste.

 

 

 

L’ACTIVITÉ
DE JOURNALISTE (1867-1870 )

La Coopération  ;
L’Égalité
  ;L’Agriculteur

 

 Ce fut à
partir de 1867 qu’elle entreprit son intense carrière de
journaliste
[39].
Elle écrivit pour
La
Coopération
[40]
plusieurs articles de grand intérêt
ayant pour thème des questions sociales.

 

 Elle y fit des
reportages très détaillés sur la
différence de conditions de travail entre la ville et la
campagne, sur les fortes disparités de salaire entre les
hommes et les femmes, qui touchaient la moitié du salaire de
l’homme et étudia les conséquences du
travail fait dans les couvents par les religieuses, travail qui avait
 
pour résultat inévitable
d’abaisser les prix de la main d’œuvre .

 

le
prix de la journée de travail dans les campagnes est partout à
peu près le même : pour les hommes un franc, avec
la nourriture ; ou deux francs sans être nourris… Pour
les femmes le prix varie de 40 à 50 centimes, avec la
nourriture, et s’élève à 75 centimes quand
elles ne la reçoivent pas…

Dans
les villes, le prix de la main d’œuvre varie suivant
l’industrie. Mais pour les ouvrières la journée
est la même que celle des pauvres femmes des campagnes, 40 et
50 centimes. Cela est
dû au
travail des couvents, qui jettent à prix réduit sur le
marché d’énormes quantités de linge
confectionné.
[41]

 

 Elle sollicita
la constitution et la diffusion d’associations
ouvrières, ayant non seulement un but pratique - de pouvoir
réaliser de meilleures conditions de travail-, mais
aussi et surtout un but formatif, d’élever le niveau
moral des associés.

 

 Ce
n’est pas un simple rouage à forger, c’est un
nouvel ordre de rapports à établir entre les hommes.
Elle [l’association] n’a pas seulement pour but le
bien-être : elle oblige à être juste ;
elle élève nécessairement le niveau moral. 
[42]

 

.C’était
l’esprit autoritaire des membres qui condamnait souvent 
l’association à l’échec. Il était
donc nécessaire de savoir devenir de vrais démocrates,
en renonçant aux égoïsmes.

 

Il
faut bien l’avouer, la démocratie dont on parle tant,
n’a tant de peine à passer dans les faits parce qu’elle
n’est guère dans les individus. Pour créer, il
faut être, et l’on ne réalise que ce qu’on a
en soi. L’esprit despotique se remarque souvent chez ceux qui
réclament la liberté : c’est que l’amour
propre révolté suffit pour faire haïr la
tyrannie ; tandis que pour être équitable envers
tous il faut l’esprit de justice et l’immolation de
l’égoïsme… 
[43]

 

 André
Léo sollicita la réalisation de fêtes
coopératives, vues comme des moments joyeux d’instruction
et d’éducation pour le peuple, qui trouverait trop
fatigante la participation à des cours du soir.

 

 L’avenir
de l’éducation est tout entier dans la possibilité
de rendre la morale attrayante et de la faire pénétrer
dans la vie comme le parfum dans la fleur….Le peuple a besoin
d’expansion, de gaîté, de mouvement, de spectacle,
de quelque chose enfin qui satisfasse en lui la recherche instinctive
du beau…Il a besoin de fêtes.
[44]

 

 Elle blâma
la misère, 
un fléau
matériel, moralement…pas moins redoutable
 [45]
l’ivrognerie, 
seul plaisir
du pauvre,[qui]dégrade l’ouvrier, ruine les familles,
abaisse le niveau moral
 [46].

 

 Elle discuta
sur le principe et la valeur de la liberté, le bien
suprême de l’homme. Liberté d’agir pour
réagir et combattre contre la « fatalité »
et les habitudes qui trop souvent règlent notre vie, dans le
but de 
transformer les rapports
humains en y faisant pénétrer la fraternité et
la justice.
[47]

 

 Cette idée
de liberté « active » voulait s’opposer
aux doctrines courantes des économistes comme Dunoyer, Léon
Ramber et Renan, qui considéraient l’inégalité
nécessaire et inéluctable. André Léo
reprendra cette idée dans son roman
La
grande illusion des petits bourgeois
,
où on lit :

 

Lisez
les économistes, Monsieur Roger ; ils vous diront que la
misère est un mal nécessaire, que dans la meilleure
organisation sociale, la misère et l’inégalité
sont choses inévitables.
[48]

 

 En février
1869, André Léo accepta de collaborer à
L’Egalité [49],
hebdomadaire dont les principaux rédacteurs étaient
Bakounine, Perron, J. Guillaume et Schwitzguébel. Ils la
saluèrent avec admiration :

 

Nous
enregistrons une nouvelle qui fera, nous n’en pouvons douter,
le plus grand plaisir à nos lecteurs. Un des premiers
écrivains socialistes de France, Madame André Léo,
a bien voulu nous donner l’assurance qu’elle consentait à
prendre place parmi les collaborateurs de L’Egalité.
[50]

 

 C’était
bien l’occasion, pour notre écrivain, de préciser
ses idées sur la valeur de l’égalité,
mais surtout, croyait-elle, sur les moyens à adopter
pour sa complète affirmation.

 

 Or, dans sa
lettre de présentation, André Léo voulut 
montrer que ses propres intentions différaient de celles que
professaient ses amis rédacteurs : s’ils étaient
d’accord sur le but, la liberté pour tous, ils ne
l’étaient pas toujours sur les moyens : 
Je
suis d’accord avec vous sur le but ; nous différons
quelquefois sur les moyens. 
[51]

 

 Réaliste, 
André Léo affirmait que 
avant
d’agir, il faut connaître le terrain sur lequel on doit
marcher
 [52],
on ne pouvait pas oublier que l’homme 
veut
en raison de ce qu’il est, de sa situation, de ses
lumières
 [53]  :
des siècles d’ignorance et d’obscurantisme 
empêchaient au peuple une vision claire et correcte de la
réalité où il vivait. Il ne s’agissait
pas alors de le blâmer ou de l’attaquer, mais plutôt
de se faire comprendre. 
Il s’agit
à mes yeux, vous le voyez, de s’entendre bien plus
que de se haïr, de s’éclairer bien plus que de se
vaincre. 
[54]

 

 En désaccord
avec les représentants de l’anarchie contemporaine,
André Léo se démontrait tolérante à
l’égard des travailleurs petits bourgeois ou paysans qui
ne luttaient pas encore pour le socialisme. 
Ce
sont des attardés ; je vous l’accorde ; eh bien ?
Mais ils sont en route ;mais ils suivent le chemin que vous avez
déjà parcouru… 
[55] 
Et fidèle aux valeurs de la justice, de la
tolérance et de la démocratie elle ajoutait :
 
Allons-nous aussi
excommunier ?…Nous croyons à l’égalité.
Soyons conformes à notre foi en respectant la dignité
d’autrui comme la nôtre… 
[56]

 

 Le refus de
tout sectarisme, sa nette opposition à l’idée
de vouloir diviser le mouvement des travailleurs étaient 
sans doute des signes de sa clairvoyance politique :
l’unité seule, pensait-elle, aurait pu 
garantir une plus grande force contractuelle et faire gagner la
bataille du socialisme.

 

 Cette prise de
position ne pouvait pas rester sans réponse. Le même
jour Perron réprouva et désavoua au nom du comité
de rédaction leur nouvelle collaboratrice
[57]
et quelques jours plus tard ce fut Bakounine même
qui accusa André Léo et ses amis de 
socialisme
bourgeois
 .[58]

 

 Benoît
Malon
[59],
qui s’était lié à André Léo,
l’année précédente, d’une tendre
amitié, se solidarisa avec elle et parla du 
triste
étonnement que m’a causé la lecture de ces lignes
certainement dictées par Bakounine.
A.Dalotel
signale même une certaine duplicité de Malon, qui 
à cette époque, fait bel
et bien partie de l’organisation secrète de Bakounine
sans en avoir dit un traître mot à André
Léo. 
[60]

 

 Comme épilogue
à cet “incident ”, L’Egalité
du 10 avril publia ce simple avis : 
Nous
avons le regret d’annoncer que Mme André Léo ne
continuera pas de collaborer à la rédaction de
L’Egalité .

 

 Mais André
Léo resta fidèle à son idée et, avec ses
amis P. Lacombe, J. Toussaint, E. Reclus, mit en œuvre un
programme d’« éclairage » des
masses populaires et en particulier des paysans, qui étaient
les plus ignorants et les plus nombreux. Dans leur
Appel
aux démocrates
, rédigé
pour la présentation de
L’Agriculteur
ils justifièrent leur ligne politique :

 

au
sortir d’un long abaissement, le peuple, ignorant et crédule,
pauvre et dépendant, privé de tout moyen de juger les
faits et les hommes, ne pouvait qu’abdiquer, en abaissant
avec lui sous le même joug, par la force du nombre, la partie
éclairée de la nation.

A
partir de l’établissement du suffrage universel, la
tâche de la démocratie était évidente :
éclairer le peuple, et particulièrement celui des
campagnes, plus ignorant et plus nombreux.
[61]

 

<A
NAME="_Toc499304812"> Le
comité de rédaction décida la structure et les
contenus du journal : écrit d’un langage simple et
attrayant, il aurait dû intéresser les paysans par des
articles concernant le travail des champs. Le projet de
l’hebdomadaire avait en outre un ambitieux but
didactique, avec la publication d’articles d’histoire, de
sciences, de politique et d’actualité. Mais
L’Agriculteur
,
fort souhaité, ne put voir le jour. En plein régime
impérial, trop de difficultés empêchaient
l’organisation et la réalisation de la propagande
démocratique.

 

 

 

LA RENCONTRE AVEC BENOIT MALON

 

 André
Léo connut Benoît Malon en 1868. En cette année
Léodile était écrivain et journaliste déjà
bien affirmée, lui, il était au début de sa
carrière politique. Une intense correspondance intime, que
A.Dalotel nous fait connaître, montre un Malon 
élève
attentif et insatiable de savoir
 [62]

 

 Bien des
éléments les rapprochaient : la solitude, la souffrance,
la morale, la poésie champêtre
[63].

Malon se désespérait
d’ 
être indigne 
de l’affection que Léodile lui
portait et lui déclarait son dévouement :
Vous êtes depuis six ans l’idéal
de ma vie, l’âme de mon âme. 
[64]

 

 Ils tombaient
souvent d’accord sur les questions de principe : ils
partageaient les mêmes opinions sur la condition de
la femme, sur la question Paris-province, sur la liberté
de presse, sur la nécessité de l’éducation,
sur le principe de l’égalité,…Ils vécurent
toutefois les expériences politiques qui suivirent de façon
tout à fait autonome.
[65]

 

 

 

LA DÉFENSE DES DROITS DE LA FEMME

 

 Pendant les
dernières années de l’empire, en 1868, une
certaine liberté d’action fut introduite en France .

 

 Désormais
les réunions publiques n’étaient plus si
sévèrement interdites et André Léo y
participa

activement. Les conférences
de Vaux-Hall et puis de la Redoute s’adressaient à un
public ouvrier et avaient pour thèmes le travail des
femmes et leur émancipation. André Léo,
Maria Deraismes, Mlle Breuil et Paule Minck abordèrent
courageusement des sujets considérés tabous par la
grande majorité du public. Elles discutèrent de la
condition de la femme et de la nécessité qu’elle
travaille pour obtenir l’égalité sociale. Elles
envisagèrent la création de 
coopératives
spécifiques au travail féminin 
[66]
et réclamèrent la
nécessité de l’éducation pour les jeunes
filles.

 

  Une grande
partie du public restait froid, constatait Gustave Lefrançais,
car les ouvriers français étaient influencés
par les idées proudhoniennes
[67]
à l’égard de la femme,
notoirement antiféministes. Un deuxième groupe,
formé notamment par les organisateurs et les proudhoniens de
gauche, exprima au contraire une opinion favorable au travail des
femmes. Ces discussions se terminèrent par un vote de
principe, qui reconnaissait l’égalité des droits
aux femmes.
[68]

 

 Dans la même
année, sous l’impulsion de ces débats, des
réunions furent organisées chez André Léo ;
elles aboutirent en janvier 1869 à la constitution de la
Société de
revendication des droits de la femme.
Parmi
les autres s’y retrouvèrent Louise Michel, Maria
Deraismes, Mme Jules Simon, Elie Reclus et Marthe Noémie
Reclus.

 

 Dans un
article titré
La Ligue
des femmes en France,
André Léo fit connaître les buts principaux de
cette Société 
 :
informer et éduquer l’opinion publique pour préparer
les générations futures à une société
toujours plus juste
.[69]

 

 Pour répondre
à cette exigence, la Société envisagea
concrètement la réalisation d’une école
pour jeunes filles. En conformité avec les principes éducatifs
chers à André Léo, dans cette école
l’enseignement devait se fonder sur une méthodologie
active pour viser à la formation de jeunes démocrates. 

 

 La
préoccupation des militantes de la Société
vis-à-vis de la défense des droits de la femme s’était
également concrétisée dans la rédaction
d’un manifeste demandant la réforme du code civil, qui
méconnaissait les droits des femmes.
[70]

 

 André
Léo collabora en même temps au journal
Le
Droit des Femmes
, fondé 
par Léon Richer.

 

 Ce bimensuel
 menait 
toute une campagne
d’information sur le travail des femmes, la condition des
ouvrières, l’instruction, le mariage, la prostitution et
[présentait] de
façon accessible l’actualité politique.

[71]

 

La
collaboration d’André Léo à ce journal ne
dura que quelques mois, mais elle y publia un important traité
sur la condition de la femme : La femme et les
mœurs. Liberté ou monarchie.

 

 Dans cet
ouvrage elle voulut faire le point historique de la condition
de la femme et riposter à ces penseurs prétendus
“ démocrates ”, comme Proudhon ou
Michelet, qui avaient insulté la femme et prétendaient
justifier son infériorité. Proudhon, en
particulier, dans son livre 
Justice
dans la Révolution et dans l’Eglise
,
avait voulu démontrer de façon scientifique la triple
infériorité de la femme : physique, intellectuelle
et morale.

 

 André
Léo analysa et scrupuleusement démentit une à
une les thèses proudhoniennes. Elle précisa que
physiquement la femme n’est pas inférieure à
l’homme, mais différente de lui, car sa force est
destinée à des buts différents, comme la
maternité. Elle contesta les hommes qui justifiaient 
le
droit du plus fort
 , et proclama
 le
droit commun .

 

 A ceux qui
accusaient la femme d’être incapable des hautes
conceptions, en apportant comme preuve le fait que son cerveau est 
plus petit que celui de l’homme, André Léo
répondit qu’au lieu de peser et mesurer le cerveau
humain, il faudrait rechercher les causes de l’apathie générale
des femmes vis-à-vis de la culture et des problèmes
sociaux ; on s’apercevrait alors que l’absence
d’instruction, de liberté, de responsabilité chez
la femme sont les causes déterminantes de son attitude souvent
passive : 
lorsque
l’intelligence de la femme aura cessé d’être
systématiquement enfermée dans les premiers moules de
la conception humaine ; quand on lui aura rendu l’air
et la liberté ; quand elle recevra une instruction
semblable à celle de l’homme…alors nos
physiologistes pourront reprendre leurs balances et recommencer leurs
calculs. 
[72] 

 

 En ce qui
concerne la maternité, André Léo voulut
mettre en évidence une mystification chère aux hommes,
quand ils soutiennent que la femme est née principalement pour
être mère : si cela était vrai, ils devraient
aussi s’appliquer afin qu’elle possède une
instruction capable de satisfaire les besoins et les curiosités
infinies de l’enfant, ils devraient la respecter. Au contraire,
la mère est méprisée dans la famille, dans la
vie intime de tous les jours. 

 

 André
Léo défendait et valorisait la maternité, mais
elle mit en garde les femmes d’une absorption totale dans ce
rôle. La maternité ne doit pas devenir pour la
femme
sa fonction suprême,
sa morale
 , car  la
femme naît, aussi bien que l’homme, pour la vie…et
son devoir ne relève que de sa conscience, à elle ;
il ne peut être antérieur à sa liberté.
[73]

 

Le travail 
rendrait la femme indépendante, c’est pourquoi on
préfère la voir au foyer. Mais quand elle travaille,
son salaire est si bas qu’elle n’arrive pas à
suffire à elle-même. L’instruction serait le
principal moyen de prise de conscience, mais on a toujours cru que
 instruire une femme, c’est nuire à son cœur. 

 

 La
prostitution, la dégénération du mariage, la
grande diffusion du concubinage dans les villes, les infanticides, la
prolifération des enfants trouvés, le développement
de la pratique des avortements sont les extrêmes
conséquences de l’abaissement du niveau moral de la
société et de l’état d’infériorité
que la femme subit.

 

 Pour André
Léo il s’agissait donc de réaffirmer le principe
de l’égalité de la femme, sanctionné par
la Révolution Française, mais que l’humanité
avait des difficultés à saisir et à défendre.
Il s’agissait de réfuter ces républicains et
socialistes qui continuaient de vouloir la femme assujettie à
l’homme et qui, tout en luttant pour la démocratie des
gouvernements, justifiaient et réclamaient la présence
d’une hiérarchie à l’intérieur des
familles. Il s’agissait enfin de reconnaître le droit
aux “ individus ”, et d’admettre
que les différences qui les caractérisent ne
dépendent pas du sexe, mais des différentes réalités
–culturelles, sociales et du milieu - propres à chacun.

 

 Une
proposition hardie pour son temps et tout à fait
originale se leva alors des pages des romans de cet écrivain,
le plus souvent de façon cachée, mais quelquefois même
explicitement et d’un ton convaincu : que toutes les
femmes, les riches et les pauvres, s’unissent dans une lutte
commune pour leur émancipation, pour la reconnaissance de
leurs droits naturels et tout à fait légitimes. Il
fallait en finir avec le mépris et les injures que les femmes
de classes sociales différentes se lançaient
réciproquement ; la complicité avec les hommes,
maris ou amants, était dangereuse à elles-mêmes,
leurs divisions faisant la force des hommes.

 

Assez
longtemps nous avons été trompées et exploitées
l’une par l’autre. Unissons-nous : dans cette
alliance nous retrouverons le bonheur et la dignité, l’homme
retrouvera l’honneur et l’humanité l’amour.
[74]

 

 

 

LA MILITANTE  POLITIQUE D’ AVANT LA COMMUNE 

 

LES DERNIÈRES ANN ÉES DE L’EMPIRE

 

 A côté
de la militance en défense des droits de la femme, 
pendant les dernières années du second Empire André
Léo prit part active aux événements
politiques.

 

 Lorsque Pierre
Bonaparte, cousin de Napoléon III, assassina le journaliste
républicain Victor Noir, 200.000 Parisiens et Parisiennes 
intervinrent aux obsèques le 12 janvier 1870. La
présence des femmes y était importante : 
Des
femmes partout
 , notait Jules
Vallès
[75].
André Léo y participa avec Louise Michel,
habillée en homme et un poignard sous ses habits. Plus tard 
celle-ci écrivit : 
Presque
tous ceux qui se rendirent aux funérailles pensaient rentrer
chez eux en république ou n’y pas rentrer du tout. 
[76]

 

 Quelques mois
plus tard, quand des blanquistes furent arrêtés et
condamnés à mort pour avoir tenté de s’emparer
des armes de la caserne de la Villette, les deux femmes, avec Adèle
Esquiros, firent courageusement parvenir une pétition en leur
faveur au général Trochu. Les exécutions, fixées
pour le 2 septembre, furent renvoyées ; deux jours plus
tard, le 4 septembre, l’Empire tomba.

 

LE SIÈGE DE PARIS

 

 Activiste avec
Louise Michel, Mme Collet et Mme Poirier dans le 
Comité
de vigilance de Montmartre
, André
Léo participa aussi à la vie des clubs, qui s’étaient
multipliés depuis le 4 septembre. On y discutait de la défense
de Paris, de l’envoi de délégations à
l’Hôtel de Ville, on réclamait des sorties en
masse, on se confrontait sur le socialisme.
[77]

 

Les
événements politiques de ces mois se succédaient 
à un rythme pressant et André Léo se révéla 
une militante passionnée et infatigable.

 Le 18
septembre André Léo et sa camarade Louise Michel
prirent la tête d’un petit groupe de femmes. Voulant
manifester en faveur de Strasbourg, assiégée
depuis un mois, elles se dirigèrent à l’Hôtel
de Ville pour demander des armes. Enfermées, elles furent
aussitôt libérées.

 

 Après
la capitulation de Paris, les délégués de
la Garde Nationale, des Comités de Vigilance et des Clubs se
donnèrent rendez-vous le 22 janvier sur la Place de l’
Hôtel de Ville pour s’opposer à la reddition.
André Léo y était avec Sophie Poirier, B.
Excoffon et Louise Michel. Des fenêtres de l’Hôtel
de Ville on tirait contre les manifestants, qui furent bientôt
dispersés. Des arrestations eurent lieu.

 

 André
Léo dénoncera avec amertume dans ses articles les
vraies causes de cette faillite : Paris était seul 
à lutter contre le gouvernement, car la France entière
était contre Paris. Les élections du 8 février,
dernier espoir pour les républicains progressistes, se
révélèrent un nouvel échec, les
conservateurs obtinrent en effet une éclatante victoire.

 

 La nécessité
d’une union d’idées entre Paris et la province se
révélait fondamentale pour le salut de la vraie
République. Ce fut dans cette optique que s’inscrivit
La
République
des
Travailleurs
.

 

 

LA
RÉPUBLIQUE DES TRAVAILLEURS

 

 André
Léo fonda ce journal avec ses amis Benoît Malon, Elie et
Elisée Reclus. Organe de l’Association Internationale
des Travailleurs, sections des Batignolles et des Ternes, il fut
fondé le 10 janvier 1871 comme hebdomadaire pour devenir un
quotidien à partir du 3 février. Ses devises étaient :
 Pas
de droits sans devoirs, pas de
devoir sans droit
 et
 
affranchissement des travailleurs
par les travailleurs eux-mêmes
 .

 

 Son but était
encore une fois 
l’accomplissement
des promesses de la Révolution Française, l’institution
d’un ordre nouveau, fondé sur la justice, à la
place de l’ordre ancien, fondé sur le privilège 
[78]

 

 Il eut un
court destin, six numéros, mais André Léo y
écrivit un nombre considérable d’articles.

 

 Il s’agissait
de lutter non seulement contre la Prusse, mais aussi et surtout
d’organiser une propagande efficace contre le gouvernement qui,
au lieu de défendre et sauver la France, allait la perdre.

 

 La tâche
était grande et difficile, car la seule voix du gouvernement
se faisait entendre en province, à travers la presse
conservatrice. 

 

L’objectif
était double : il s’agissait de faire connaître aux
Français les événements de l’actualité
politique de façon simple mais rigoureuse, dans le but
d’éveiller les consciences et pour rendre la
politique la 
science de tous  ;
mais il fallait aussi se
grouper
sous le même drapeau
 , pour
avoir la force de renverser le gouvernement. La Rédaction du
journal invita donc à 
l’union
pour le salut.
[79]

 

  Dans les pages
de ce journal André Léo aborda avec passion le thème
du rapport entre la religion et le pouvoir politique. Elle
attaqua violemment le “ fétichisme politique ”
[80],
conséquence du “fétichisme religieux ”,
pas moins critiquable. L’opinion publique, disait-elle,
considère son chef politique comme inamovible, 
exactement comme si c’était une autorité
religieuse. Elle attaqua ouvertement le général Trochu,
général de l’armée, président du
gouvernement de la Défense nationale et gouverneur de Paris.

 

 Elle exalta au
contraire, à maintes reprises, le peuple de Paris, ces
citoyens qui mouraient héroïquement chaque jour à
cause de leur misère ou pour la défense du Pays.

 

 Elle accabla
d’invectives la décision du gouvernement de
rationner le pain, décision qui signifiait la mort pour les
pauvres gens, déjà au bout de leurs forces. Elle
attaqua les spéculateurs, qui avaient profité des
souffrances et des misères du peuple pendant le siège
pour s’enrichir et faire monter la bourse : 
de
belles fortunes pétries de tes misères, de la
souffrance de ta femme, de la mort de ton enfant…Vive la
Bourse ! la France se meurt ! 
[81]

 

 Elle incita le
peuple à la lutte : 
A
l’élément populaire de surgir, d’agir, de
vaincre, d’exécuter ces prodiges dont la routine a
douté, que le patriotisme sait accomplir ! En avant les
hommes ! aux remparts les vieux ! aux barricades les
femmes ! 
[82]

 

 Elle s’indigna
contre la honte de la capitulation de Paris : 
Ajouter
Paris à Sedan !…A nous l’audace et
l’héroïsme, seuls moyens de vaincre qu’on n’a
pas encore essayés. Citoyens de Paris, formez vos
bataillons ! 
[83]

 

 Les élections
générales convoquées le 8 février
représentaient une concrète possibilité de
revanche pour le peuple, mais la nette victoire des conservateurs mit
fin aux espoirs des progressistes. Le dernier numéro (le
numéro 6) de
La République
des Travailleurs était
sorti le 4 février.

 

 Il est
intéressant de proposer quelques réflexions sur le
style des articles de l’écrivain en ces années,
car la lutte politique et la propagande envisagent un terrain
d’ “ action verbale ” tout à
fait particulier.

 

 Elle utilisa
souvent le style direct dans ses appels et dénonciations, 
elle recourut volontiers à l’usage d’images -
 
nous languirons sur la France
éteinte, comme l’enfant languit et meurt à la
mamelle desséchée du cadavre de sa mère
-
et de points d’exclamations
,
elle manifesta une prédilection 
pour le langage ironique, incisif et évocateur. Le rythme 
était pressant, le style alerte. Ces éléments 
rendaient ses articles très vivants, efficaces, capables
d’attirer l’attention du lecteur et de solliciter son
imagination, même si parfois on les trouve aujourd’hui
un peu “ redondants ” et répétitifs.

 

 

 

LA COMMUNE 

 

 Dès le
18 mars 1871, André Léo se voua sans réserve
à la cause de la Commune. Son engagement politique se livra
sur plusieurs fronts : elle fut journaliste, oratrice et adhéra
à différents comités.

 

LES COMITÉS

 

 Membre du
Comité de vigilance de Montmartre
depuis le siège, elle prit part active,
pendant la Commune, à d’autres comités : le
Comité des citoyennes du 17e
arrondissement et
le Comité du 10
e
arrondissement de l’ Union
des Femmes pour la défense de Paris et le soin aux blessés
.
 Ce dernier était en fait la section féminine
française de l’Internationale.

 

 Ces comités
dirigeaient des ateliers de travail, recrutaient des ambulancières,
assistaient les familles indigentes des fédérés,
envoyaient des oratrices dans les Clubs, …

 

 Quelques jours
avant la capitulation de la Commune, elle accepta de faire partie
d’une commission qui aurait dû surveiller l’enseignement
dans les écoles de filles.
[84]

 

 Mais c’était 
surtout à travers ses articles qu’André Léo
effectua sa propagande en faveur de la Commune, en relatant et
commentant les événements de l’actualité
politique. Elle fonda avec son amie Anna Jaclard le quotidien
La Sociale[85],
 mais écrivit aussi dans
La
Commune
[86]
et dans Le Cri du
Peuple
[87].

 

 

LA QUESTION PARIS-PROVINCE

 

 Dans ces
journaux elle reprit la vieille discussion sur la nécessité
de réaliser une propagande d’information en
province pour y diffuser l’ “ idée
sociale ”, que Paris seul soutenait fermement. 

 

 Les
incompréhensions étaient évidentes :
 
Paris, fier de sa mission
historique, pense être investi d’un mandat pour la France
entière. La province se défie de cette ville qui fait
et défait les gouvernements…et entretient au cœur
du pays un foyer permanent de désordre et de subversion.
Le résultat des élections matérialise le
désaccord : Paris élit des républicains
avancés, la province envoye une majorité
conservatrice. 
[88]

 

 De plus, la
circulation des idées nouvelles était entravée
en province par un « complot monarchique », 
manœuvré par les Versaillais de M.Thiers , qui
organisaient efficacement une féroce campagne 
anti-communarde. Elle hâta donc concrètement
l’organisation de l’
Union
Républicaine
, pour faire
connaître en province la vérité : 
qu’ un rapport succinct,
impartial des faits, soit porté deux fois par semaines en
province et publié…Il ne s’agit ni de soutenir ni
de combattre la Commune. Il s’agit de la ...vérité. 
[89]

 

 André
Léo restait, malgré tout, encore optimiste et croyait
que les efforts en cette direction ne seraient pas vains, car même
si 
la province haït et
maudit Paris
 , d’autre part 
elle est 
honteuse 
de l’œuvre de l’Assemblée
Nationale.
[90]

 

 De grande
portée politique est à considérer à cet
égard le célèbre appel qu’elle
adressa aux consciences des paysans :
Au
travailleur des campagnes.
Plus de
100.000 exemplaires en furent distribués en province. André
Léo voulut mettre en lumière la ressemblance de la
condition de l’ouvrier des villes à celle du paysan :
tous les deux sont des exploités, tous les deux doivent lutter
pour la même cause :  
Frère,
on te trompe. Nos intérêts sont les mêmes. Ce que
je demande, tu le veux aussi ; l’affranchissement que je
réclame, c’est le tien. 
[91]

 

 Plus loin elle
mettait en garde les paysans : 
Si
Paris tombe, le joug de la misère restera sur votre cou et
passera sur celui de vos enfants. Aidez-le donc à
triompher… 
[92]

 

 L’appel
se terminait par une devise significative pour la similitude proposée
entre paysans et ouvriers : 
la
terre au paysan, l’outil à l’ouvrier, le travail
pour tous
 [93].

 

 André
Léo s’adressa en même temps aux Parisiens, pour
les accuser d’avoir trop longtemps négligé
le peuple des campagnes, de ne pas avoir essayé de l’éclairer.
Le peuple de Paris 
a continué
de croire qu’il pouvait agir sans elle
[la
province]
et maintenant, dans cette
lutte inégale, il semble près de périr terrassé
sous le robuste genou du paysan, son frère égaré 
[94]

 

 L’histoire
démontre que l’entente était loin d’être
réalisée. André Léo proposera à
nouveau, à plusieurs reprises, ce projet politique, qu’elle
considérait de capitale importance.

 

LA NÉCESSITÉ DE LA LUTTE ARMÉE

 

 La Commune,
refusant de considérer comme légitime l’Assemblée
Législative élue par les Français, se posait en
adversaire du gouvernement et devenait par nécessité la
révolution.
[95]
Or, puisque le gouvernement de Versailles refusait
d’accepter la Commune, la lutte devenait nécessaire.

 

 Des tentatives
de conciliation eurent lieu, mais André Léo s’opposa
à un accord, qui aurait forcément été de
durée éphémère.

 

  Il
n’est aucune conciliation qui ne serait une trahison à
la cause républicaine…la lutte engagée doit
continuer…La guerre est déclarée… Pas
d’illusions ! 
[96]

 

 Des
généraux populaires tels que Bergeret, Eudes, Duval,
Flourens demandaient eux aussi
 une
descente torrentielle sur Versailles 
[97],
mais
la Commune
préféra
organiser la défense de la ville, la garde nationale fédérée
n’étant nullement préparée à une
attaque.

 

 D’où
venaient les soldats fédérés ? Quelle
formation avaient-ils ?

 

 Dans
les pages de 
La
Sociale
 André
Léo exalta l’héroïsme des
 soldats
de l’idée
,
qui venaient le plus souvent du peuple, qui avaient été
jusqu’à la veille des tailleurs, des cordonniers, des
menuisiers, des mouleurs et qui se dévouaient pour leur foi
jusqu’à la mort : 
Chers
et nobles héros, soldats de l’idée, pauvres
artisans sublimes, plus vous êtes obscurs, plus l’œil
ébloui se mouille à vous contempler ! 
[98]

 

LES
FEMMES DANS LA LUTTE

 

 André
Léo blâma ces journaux qui ironisaient sur la
participation des femmes au combat et défendit leur adhésion
active à la Commune. Pendant le siège de Paris,
comme il y avait encore beaucoup d’hommes qui pouvaient
combattre, elle conseillait aux femmes d’attendre le moment de
la lutte suprême. Ce moment était arrivé,
maintenant Paris
 avait
besoin de toutes ses énergies, elle incita donc les
femmes à intervenir directement dans le combat : 
Qu’elles
entrent donc d’action dans la lutte autant qu’elles y
sont de cœur.
[99]

 

 Avec
ses camarades du Comité du XVIIe arrondissement elle invita

 toutes celles qu’anime
l’amour de la justice
à
se mettre à disposition de la Commune pour former des
ambulances qui suivent les bataillons, pour soulager les blessés
ou les relever du champ de combat. Si les gardes nationaux
apprécièrent leur présence et leur dévouement,
elles se heurtèrent toutefois à l’incompréhension
des médecins et des officiers, qui les traitaient avec mépris
et parfois les insultaient.
[100]

 

 Renier
à la femme son désir de contribuer à la
transformation de la société, c’était
méconnaître ses droits et vouloir l’éloigner
de la Révolution. Elle dénonça encore une fois
les « faux démocrates » qui, tout en
luttant pour l’idée sociale, se comportaient en
réactionnaires. Elle porta ses attaques en particulier contre
le général Dombrowski : sans la participation des
femmes, lui rappela-t-elle, le 18 mars n’aurait pas célébré
la Commune, 
vous
n’auriez jamais été général de la
Commune
.

 

 Et dans le
même article elle ajoutait :
Croit-on
pouvoir faire la Révolution sans la femme ? …Quand
l’intelligence des républicains s’élèvera-t-elle
jusqu’à comprendre leur principe et servir leur
intérêt ? 
[101]

 

CONTRE TOUT AUTORITARISME

 

 Le principe
fédératif est le seul vrai système
démocratique. Telle était la conviction de la Commune,
qu’André Léo partageait. La discussion portait
sur ce thème à cause d’une décision du
gouvernement central, qui donnait la liberté de choisir 
son propre maire uniquement aux petites communes et destinait
un maire choisi par le gouvernement aux communes avec plus de 6.000
habitants. Le but en était même trop évident :
réussir à contrôler et à diriger les
mouvements des villes aussi bien qu’en province. Dans 
La
Sociale
 André Léo
soutint les décisions de la Commune en faveur de l’autonomie
des municipalités à se gouverner elles-mêmes, et
lança une nouvelle devise : 
ni
dominer, ni être dominé.
[102]

 

 Ennemie de
tout autoritarisme, André Léo défendit l’idée
de justice et de démocratie contre certains actes déplorables
de la Commune-même.

 

 Quand celle-ci
décida de supprimer les journaux de l’opposition,
André Léo se dissocia du comité de rédaction
de 
La Sociale et
réclama le respect inconditionné des principes de la
démocratie : 
Si nous
agissons comme nos adversaires, comment le monde choisira-t-il entre
eux et nous ? 
[103]

 

  André
Léo désavoua à nouveau la Commune, en
particulier le Comité central et le Comité du salut
public, quand ceux-ci accusèrent de trahison le délégué
à la guerre Rossel et le firent arrêter. André
Léo appréciait le citoyen Rossel depuis qu’il
s’était personnellement intéressé à
la possibilité d’utiliser des volontaires sur le champ
de bataille.

 

 Rossel avait
dénoncé l’anarchie et l’incompétence 
des susmentionnés comités 

tout le monde délibère et où personne
n’obéit 
[104].
André Léo prit sa plume pour le défendre
sans demi-mots,
comme c’était
dans ses habitudes, et dénonça les machiavélismes
de la Commune, qui offensaient la justice et la vérité : 
 
La lettre du citoyen Rossel est le
cri de désespoir d’une conscience…. Pourquoi ces
réticences ?…Pourquoi ces huis clos ?…La
vraie démocratie ne se défie pas de la vérité,
car elle en est faite, elle en vient, elle y va et ne meurt 
que faute de lumière. 
[105]

 

 Un féroce
réquisitoire fut alors lancé contre les « infâmes »,
coupables de vulgaires ambitions et de trahison de l’idée
démocratique. Sauf quelques rares exceptions, les hommes du
Comité central avaient fomenté le désordre et la
division aux rangs de la Garde Nationale et administré
la Commune de façon autoritaire
[106].
Elle sollicita la constitution d’un comité préposé
à la réalisation d’une enquête
sérieuse sur chacun des hommes « suspects et
funestes » du Comité Central.

 

 André
Léo regrettera toujours ces graves torts de la Commune :
 
Plus que personne, j’ai
déploré, j’ai maudit l’aveuglement de ces
hommes –je parle de la majorité- dont la stupide
incapacité a perdu la plus belle cause. Quelle souffrance,
jour à jour, à la voir périr ! 
[107]

 

LA CAPITULATION

 

André
Léo dénonça dans
Les
défenseurs de l’ordre
[108]
les crimes et les violences des
Versaillais. Dès leur entrée dans la capitale ils
obligèrent les défenseurs, notamment « les
pétroleuses », à incendier les maisons
attenantes aux plus importantes barricades, parce qu’ils
avançaient par des cheminements intérieurs, en
dévastant les maisons.

 

 

 

 Elle commémora
la mort héroïque et exaltante des soldats fédérés
et évoqua les tortures et la mort abominable des prisonniers.

 

 Poursuivie par
la police, Léodile se réfugia chez une amie, où
elle resta cachée vraisemblablement jusqu’au 18 juillet,
quand elle reçut de faux papiers qui lui permirent de
s’expatrier en Suisse.

 

 

 

 L’EXIL

 

 André
Léo se dirigea d’abord à Bâle, où
Malon l’attendait, puis séjourna à
Neuchâtel. A partir du mois d’août elle habita
Genève, où elle fréquentait la famille de
Charles Perron, qui avait fraternellement accueilli Malon.

 

 La première
année de son séjour en Suisse fut caractérisée
par la participation à une suite de conférences
publiques en défense de la Commune. Signalons, en particulier,
son intervention au 5
e
Congrès de la Ligue
de la paix et e la liberté[109],
qui eut lieu à Lausanne le 27 septembre 1871.

 

LA GUERRE SOCIALE

 

 Son discours,
La guerre sociale[110],
fut une plaidoirie de la Commune et un acte d’accusation contre
les crimes versaillais. Elle attaqua ceux qui, depuis quatre mois,
calomniaient les vaincus, en les accusant de crimes qu’eux-mêmes
avaient commis : 
On a
flétri du nom d’assassins les assassinés, de
voleurs les volés, de bourreaux les victimes .
[111]
Certes, elle avait été la première
à condamner les torts de la Commune, mais les actes des
Versaillais se sont révélés tellement
infâmes que ces torts sont devenus honorables en comparaison.

 

 Elle dénonça
l’existence en France, depuis le 4 septembre, d’un
“ complot monarchique ” organisé par les
soi-disant républicains du gouvernement national. Leur
objectif principal n’était pas la guerre contre la
Prusse, comme ils voulaient faire croire, mais une lutte latente et
sournoise contre la démocratie populaire. Ainsi
s’appliquèrent-ils à exciter la France contre
Paris. Ils persuadèrent les campagnards que c’étaient 
les républicains qui avaient forcé l’empire à
la guerre et que les Parisiens 
non
seulement refusaient de se battre contre les Prussiens, mais encore
empêchaient Trochu de faire des sorties, par la nécessité
de contenir les émeutes
 [112].
Par leurs accusations calomnieuses,  
répandues
à pleines colonnes dans les journaux
 [113]
ils isolèrent Paris.

 

 Et finalement
ce complot réussit, il se concrétisa dans
le massacre des Parisiens qui transforma Paris en 
un
immense abattoir humain 
 ! [114]

 

 Il s’agissait
maintenant, pour Anré Léo, d’essayer de
mettre à point des solutions efficaces pour éviter que
les guerres sociales de ce genre se répètent. 

 

 En s’adressant
directement au public de l’assemblée, elle posa la
question de la division des démocrates.  
Pourquoi
les démocrates agissent-ils différemment ? 
[115]

 

 Le grand point
qui divisait les démocrates libéraux des
socialistes était la question du capital, mais la
réalité démontrait que la plus grande partie de
la bourgeoisie, c’est-à-dire toute la bourgeoisie 
moyenne et pauvre, souffrait autant que le peuple du régime du
capital

 

 André
Léo proposa alors que la moyenne et la petite
bourgeoisie cessent de combattre l’émancipation
des travailleurs et s’unissent aux socialistes dans
une lutte commune. Elles devraient renoncer à les considérer
avec hostilité et au contraire reconnaître leur
égalité sociale.

 

 L’
égalité était en effet pour André
Léo une condition indispensable de la liberté et
on ne pouvait pas défendre la liberté, comme soutenait
la Ligue, en reniant l’égalité : 
il
ne peut pas y avoir d’égalité sans liberté,
ni liberté sans égalité . 
[116]

 

 L’union
des démocrates sincères était le seul moyen qui
aurait permis de créer un front fort et compact capable de
garantir la paix et la liberté, dont la Ligue se disait le
défenseur. Ce n’était que par cette union
qu’on aurait pu éviter à l’avenir de
nouvelles « guerres sociales » fratricides,
dont la Commune a été le plus récent et
dramatique exemple.

 

 Ce discours
sincère et hardi ouvrait de nouveaux horizons politiques,
d’évidente actualité, mais il souleva
l’indignation de l’assemblée bourgeoise de la
 
Ligue de la paix et de la
liberté
 , qui contesta
André Léo et lui empêcha de terminer son
discours.

 

 André
Léo manifesta sa grande déception dans les dernières
lignes de son discours : 

 

La
bourgeoisie a la plume, la parole, l’influence. Elle pouvait se
faire l’organe des revendications du peuple égorgé,
opprimé, vaincu. Elle n’eût été en
cela que l’organe de la justice.

J’étais venue à ce Congrès avec une espérance ; j’en suis sortie profondément triste…

 [Les
bourgeois vivent de compromis], 
puissent-ils
n’en pas mourir
  ! [117]

 

LE DIFFÉREND DANS L’INTERNATIONALE

 

 Dès son
arrivée en Suisse André Léo s’intéressa
au différend survenu à l’intérieur de
l’Internationale lors du congrès romand de la
Chaux-de-Fonds, entre les sections marxistes et les sections
anarchistes de
l’Alliance de la
démocratie socialiste,
qui se
ralliaient à Bakounine.

 

Ce
mouvement réclamait la liberté d’action et
l’autonomie décisionnelle des différentes
sections, tout en reconnaissant la nécessité d’opérer
à l’intérieur du mouvement ouvrier. Les
anarchistes contestaient tout principe autoritaire venant d’en
haut et refusaient par la suite à priori toute organisation
politique uniforme et centralisatrice. L’Alliance avait
contesté à plusieurs reprises la ligne des marxistes,
qui croyaient au contraire que pour transformer la société
et réaliser le socialisme on ne pouvait pas se contenter d’une
union formelle et idéale, mais qu’il fallait organiser
la lutte de classe en proposant des stratégies et un programme
politique communs, tout en tenant compte des situations strictement
nationales. Les marxistes croyaient en la nécessité de
l’unité de la classe ouvrière et jugeaient
fondamentale l’existence d’une conscience de classe pour 
poursuivre la lutte politique et viser à la conquête du
pouvoir et à l’abolition des classes.

 

 Cette 
position était, pour les membres de l’Alliance,
conservatrice et autoritaire parce qu’elle empêchait la
cohabitation, à l’intérieur de l’Internationale,
de mouvements différents, elle s’opposait à
l’idée fédéraliste de l’organisation
politique. Ainsi exprima-t-elle sa position :

 

Vouloir
imposer au prolétariat une ligne de conduite ou un programme
politique uniforme comme la voie unique qui puisse le conduire à
son émancipation sociale, est une prétention aussi
absurde que réactionnaire.
[118]

 

 André
Léo se rangea avec passion et  
impétuosité
féminine
 ,[119]
du côté de ceux qu’elle jugeait
les victimes de l’injustice et de l’arrogance et prit
sans réserves la défense de l’Alliance de

Bakounine.

 

 Rédactrice
à la
Révolution Sociale
[120],
ce fut elle qui fit devenir ce journal un organe de revendication de
l’autonomie des sections à l’intérieur de
l’Internationale. On pouvait y lire ses nombreuses et violentes
attaques contre l’autoritarisme de Marx et du Conseil général
de l’ Association Internationale des Travailleurs(A.I.T.).

 

 A la
conférence de Londres (17-23 septembre 1871), le Conseil
général de l’A.I.T. avait voté les
dix-sept célèbres résolutions qui décrétaient
la dissolution définitive de l’Alliance et d’autres
associations socialistes, parmi lesquelles la
Section
de propagande et d’action
révolutionnaire-socialiste
[121],
dont André Léo faisait partie. Adversaire des
organisations hiérarchiques, André Léo plaida en
faveur du principe fédératif et de la coopération.
Contre l’autoritarisme de Marx et de son “ Temple
unique ”, elle demandait le respect de la dignité
humaine et des droits individuels :

 

Le
principe autoritaire sera vaincu….

Le
moyen d’arriver à ce résultat, en attendant
l’instruction intégrale donnée à tous, est
de soumettre à chaque membre de l’association tout ce
qui concerne l’œuvre commune ; c’est de
pratiquer ce qu’on professe, en respectant la dignité
humaine et le droit individuel ; c’est de laisser à
chaque groupe, comme à chaque individu, la liberté
d’action qui lui appartient ; c’est enfin de rompre
à tout jamais avec la vieille organisation sociale, avec
toutes ces constructions hiérarchiques qui étagent les
pouvoirs et font descendre d’en haut la parole , l’imposition,
qui meut la foule obéissante…
[122]

 

 L’unité
réelle, ce n’était donc pas l’uniformité,
précisait André Léo, c’était plutôt
la cohabitation d’entités différentes,
libres d’agir sous un même drapeau :

 

L’unité nouvelle n’est
pas l’uniformité, mais son contraire ; c’est
l’expansion de toutes les initiatives, de toutes les libertés,
de toutes les conceptions, reliées par le seul fait d’une
nature commune ;…

C’est….la
liberté de tous dans l’égalité.
[123]

 

 Elle attaqua
directement Marx, en le définissant « le mauvais
génie, le Bismark de l’Association Internationale. » :

 

Le
pangermanisme est là, et il affecte comme une maladie tous les
cervaux allemand, si bien que, lorsqu’ils font du socialisme,
c’est encore avec cela. Bismark ayant tourné la tête
à tout le monde, du Rhin à l’Oder, en même
temps que Guillaume Ier se faisait empereur, Karl Marx se sacrait
pontife de l’Association Internationale.
[124]

 

 Des 
paroles dures, qui lui valurent la contestation même de
ses amis de la fédération jurassienne, qui les
définirent des « fâcheuses exagérations
de langage », mais surtout de Marx, qui le 23
novembre 1871 commenta :

 

Bakounine
s’est mis en rapport avec la partie canaille de la proscription
française à Genève et à Londres. Le mot
d’ordre est qu’au Conseil général règne
le “ pangermanisme ”, le
“ bismarkisme…”
[125]

 

 Mais d’autres
et plus significatives divergences devaient éloigner André
Léo de l’anarchiste Bakounine. Leurs opinions
contrastaient notamment sur le rôle de la paysannerie dans la
transformation de la société et sur la conception de
l’Etat .

 

 Bakounine
avait indiqué dans le prolétariat des campagnes le rôle
de guide révolutionnaire, surtout dans les régions les
plus arriérées et sous-développées. Les
paysans seraient les propulseurs de la désagrégation
du monde bourgeois et créeraient par leur soulèvement
l’égalité économique et sociale, la
liberté, l’humanité, la solidarité et
enfin l’anarchie. 

 

 On sait quelle
importance André Léo attribuait aux travailleurs des
campagnes pour le succès de la cause du socialisme, mais bien
consciente de leurs limites, elle était loin de croire dans un
« élan révolutionnaire » de leur
part ! Pour les gagner peu à peu au socialisme elle
envisageait au contraire une minutieuse campagne de propagande dans
les campagnes et l’instruction pour tous.

 

 Contrairement
aux anarchistes, André Léo pensait que la machine de
l’Etat ne pouvait pas être abolie. Elle souhaitait
évidemment la décentralisation du pouvoir politique,
avec le droit, pour les communes, de s’autogouverner.
Mais elle considérait le problème de l’administration
avec réalisme et proposa l’éviction des seuls
représentants inutiles. Il n’y aurait plus de Président,
le Sénat serait supprimé, mais la Chambre resterait,
tout en faisant considérablement diminuer le nombre des
députés de 500 à 86 : un par département
aurait suffi. Il n’y aurait plus de ministres, mais les bureaux
ministériels resteraient, pour recevoir les observations, les
projets, pour pouvoir collaborer avec les délégués
départementaux.
[126]

 

 Ces
conceptions mettent en évidence une vision politique bien plus
réaliste que les vagues aspirations de l’anarchiste
Bakounine, qui ne tenait pas compte du rapport
instruments-tactique-objectifs, et qui se démontrait par
là essentiellement idéaliste.

 

 

 

LA REPRISE DE L’ACTIVITÉ D’ÉCRIVAIN

 

 Durant les
premières années de l’exil André Léo
s’était surtout consacrée à son activité
d’oratrice et de journaliste. Elle privilégia, comme on
a pu constater, l’actualité politique, mais écrivit
aussi deux articles sur l’éducation ; elle
les publia en 1872 et 1873 dans l’
Almanach 
du peuple
, revue 
qui avait pris la relève de
La
Révolution Sociale
 

 

 Dans
L’éducation et la bible
André Léo reprit le thème de
l’éducation confessionnelle, abordé à
plusieurs reprises quelques années auparavant. Elle opposa de
façon humoristique l’enseignement basé sur
l’observation de la nature et l’étude des sciences
à l’enseignement qui fait tout dépendre de
l’imaginaire, des épisodes bibliques et religieux. Si le
premier donne la possibilité à l’enfant de
penser et de juger, l’autre présuppose la foi et oblige
à croire sans comprendre.
[127]Ce
sera encore de l’éducation qu’elle parlera l’année
suivante dans
L’éducation
démocratique
. [128]

 

 Ce fut à
partir de 1876 qu’elle reprit une intense carrière de
romancière. C’était par ses publications qu’elle
gagnait sa vie.

 

 Elle publia 
en 1874 un conte,
La commune de
Malempis
(Paris, Librairie
de la Bibliothèque démocratique) ; suivirent en 1876
La
grande illusion des petits bourgeois
,
en1877
Marianne,
en 1879
Grazia et
en 1880
L’épouse du
bandit
, tous les quatre parus en
feuilletons dans « Le Siècle ».

 

 Dans La
grande illusion des petits bourgeois
André
Léo voulut mettre l’accent sur les « valeurs
négatives » de la grande ville. Ce beau roman
a pour thème les espoirs et les rêves d’un jeune
provincial qui, attiré par l’illusion d’une
vie riche et facile, gagne Paris et songe y faire sa fortune.
Il veut réussir par ses propres moyens, par sa volonté
et ses mérites, mais il se heurte contre un monde
d’hypocrisies et de tromperies, qui ne laisse pas de place aux
honnêtes travailleurs.

 

 Marianne,
un des meilleurs romans d’André Léo, a pour
thèmes la condition de la femme et le rôle tout puissant
de l’argent. Les préjugés et les mauvaises 
habitudes d’une famille de la bourgeoisie poitevine y
sont dénoncés. André Léo en profita pour
censurer les habitants de Poitiers, dont elle connaissait bien les
habitudes (elle était née à Lusignan et avait
vécu son enfance à Champagné-Saint-Hilaire,
rappelons-le). Monarchistes et cléricaux, ils n’étaient
intéressés ni par la politique ni par les sciences ;
conservateurs, ils haïssaient les “ idées
nouvelles ”. Ils ne se demandaient jamais “ ce
qu’ils pensaient, mais ce qu’ils devaient
penser ! ”,tellement ils étaient 
influencés par l’opinion publique.

 

LA
COMPAGNE DE MALON

 

 Pendant son
exil André Léo séjourna avec Malon en différents
endroits, d’abord à Genève, puis, en 1872, à
Como et depuis 1873 tantôt à Milan tantôt à
Lugano, puis à Viareggio, en Toscane, et à Palerme, où
son fils André fréquenta l’Ecole
d’agriculture. A Milan, pour échapper à la
police, ils vivaient sous le nom Béra, le nom de jeune fille
de Léodile.

 

D’après
Guillaume, qui relatait avec précision la chronique des
événements concernant les protagonistes de
l’Internationale, ils s’étaient mariés en
1872. Ils vécurent une “ union libre ”
qui dura six ans, jusqu’en 1878. Dalotel, au contraire,
situe l’union en 1874 et parle d’un “ faux
mariage ” que les époux auraient célébré
sous forme “ civique ”, et donc non
officielle.
[129]

 

 A cause
peut-être de leur différence d’âge, Léodile
était plus âgée que lui de 17 ans, ils cachèrent
au début leur union. Qui sait si cette différence d’âge
fut aussi la cause, directe ou indirecte, de leur séparation ?
Certes, il est difficile d’imaginer André Léo,
si fière et déterminée, sensible à ce
genre de problématique. N’avait-elle pas soutenu dans
son premier roman,
Une vieille fille,
que les différences d’âge n’ont pas de
consistance si les époux s’aiment d’un amour
vrai ?

 

 Guillaume 
nous informe qu’André Léo souffrait énormément
des fréquentes escapades de son mari et qu’elle était
très jalouse. Bakounine, qui trouvait André Léo
trop “ bas-bleu ”, s’en réjouissait 
et 
riait aux larmes quand Malon se
laissait prendre .
[130]

 

 La communion
des idées les porta toutefois encore à travailler
ensemble. Vers la fin de 1877, ils fondèrent
Le
Socialisme progressif
, qui,
faute d’abonnés, ne vécut pas plus d’un an.

 

Mais en
1878 la rupture paraissait imminente. En mars elle écrivait
à son amie Mathilde Roederer :

 

 Mon
union avec Benoît Malon va se rompre, ou plutôt
elle est rompue en droit [les mots < en droit > ont
été biffés par l’écrivain] déjà
depuis longtemps ; mais nous sommes à la veille d’une
séparation de fait. » 
Elle
s’inquiétait pour le scandale que ça donnerait,
mais jugeait tout de même indispensable de rompre avec lui,
parce que « 
le
bon moyen pour réparer une faute, ce n’est pas de la
prolonger. J’ai eu tort autrefois, et je ne l’ai jamais
nié ; je suis certaine d’avoir raison
aujourd’hui. 
[131]

 

 Ils se
séparèrent en effet cette même année.

 

LA FEMME EN ITALIE

 

 Les fréquents
séjours en Italie pendant l’exil donnèrent à
André Léo l’occasion de connaître de près
les plus actifs représentants du mouvement féministe 
italien et d’établir des comparaisons entre le code
français et le code italien vis-à-vis de la femme. Dans
son article
La femme en Italie,
paru en 1880, elle constata qu’en ce qui
concerne le mariage, par exemple, le code italien était
également injuste que le code français, même si
dans le code italien on trouvait
plus de
politesse et d’égalité
  :

 

Ainsi, la
femme séparée a la libre disposition de ses biens,…

De
plus, l’épouse administre elle même ses biens
paraphernaux, c’est-à-dire ceux qu’elle possède
ou vient à posséder en dehors de la dot stipulée
au contrat, et c’est le mari qui a besoin, pour les administrer
à sa place, de son autorisation.
[132]

 

Elle
y fit l’éloge de Salvatore Morelli, “ champion
italien du droit féminin ”, qui considérait 
l’instruction pour les femmes (il envisageait une instruction
publique, laïque et gratuite) la condition nécessaire
pour pouvoir aspirer à une société meilleure. 
Dans une lettre à André Léo il écrivait :
 
on ne résoudra aucun
problème social tant que la femme …, n’acquerra
pas la science de la vie,
avec les
pouvoirs pédagogiques, pour fonder dans la famille la doctrine
civile. 
[133]
C’est exactement ce qu’André
Léo avait soutenu dans
La
femme et les mœurs

 

 Dans cet
article elle rappela aussi que Mazzini sollicitait les hommes à
respecter la femme et à la considérer la compagne de
leurs joies ou de leurs douleurs, mais aussi de leurs aspirations et 
tentatives d’amélioration sociale. 

 

 

 

LES DERNIÈRES ANNÉES 

 

 Après
l’amnistie de 1880 André Léo put rentrer en
France, où elle vécut 
oubliée
et malheureuse, surtout après la mort de Benoît
Malon 
[134].

 

 Elle collabora
à quelques petits journaux de l’extrême gauche et
fut rédactrice de l’
Aurore
[135].

 

L’ŒUVRE LITTÉRAIRE

 

 Elle continua
d’écrire des romans :
L’enfant
des Rudères
(1881), 
Les enfants de France
(1890), La justice
des choses
(1891), Le
petit moi
(1892), En
chemin de fer. Aux habitants des campagnes
(1898),
La famille Audroit et l’éducation
nouvelle
(1899), Coupons
le câble
(1899).

 

 Le rythme seul
de production est significatif et témoigne de sa ténacité
et de son courage. Elle avait certainement besoin de travailler, mais
il est surprenant de constater qu’après tant
d’expériences politiques et familiales décevantes
elle ait pu conserver une intégrité et une volonté
intactes, la même fermeté, la même force pour
poursuivre les mêmes objectifs.

 

 En lisant
L’Enfant des Rudère
on remarque à propos des paysans la même
défense inconditionnée de trente ans auparavant :
cette race forte et simple, naïve
et rusée, bonne par nature(au moins en général)
et dure par situation, patiente et active, avide, mais pauvre et
travailleuse, probe avant tout. 
[136]
On y retrouve ses considérations sur
l’instruction active, basée sur l’observation
directe des faits, la dénonciation des vices de la bourgeoisie
et du pouvoir de l’argent . C’est le récit de
mensonges et de tromperies de la part des Rudère au détriment
de leur oncle pour s’approprier de son héritage.

 

 L’action
se passe dans le domaine de Chavours, pas loin de Lusignan, le
village natal d’André Léo, dont elle rappelle 
la légende de la fée Mélusine : 
La
Mellusine, dame de Lusignan aux merveilleuses aventures, est
restée légendaire dans le pays, à ce point que
la pâtisserie la plus commune représente la Mellusine
avec sa queue de sirène, son peigne et son miroir à la
main. La pâte est excellente, mais la belle magicienne, fort
laide.
[137]

 

 Dans La
justice des choses
André Léo
réfléchit sur les effets que les comportements humains
peuvent susciter en soi-mêmes et sur les autres. La
justice des choses existe-t-elle ? Est-on toujours puni quand on
commet de mauvaises actions et, par contre, est-on toujours
récompensé après une bonne action ? On
pourrait se demander pourquoi des héros qui se sont battus
pour une idée juste sont aujourd’hui des méconnus
et des vaincus ? Si la justice des choses existait vraiment il
n’y aurait pas d’opprimés et d’oppresseurs,
pourrait-on supposer. Eh bien, le fait est que la justice des
choses est en nous-mêmes, les autres ne peuvent pas la voir ; le
bonheur est donné à toute conscience qui se connaît,
s’entend, grandit et aspire à la perfection, qui s’élève
sans cesse. Ces considérations d’ordre moral sont
présentées de manière très accessible,
sous forme d’expériences vécues d’un
enfant qui interroge et discute avec sa mère d’une
infinité de problèmes, des plus personnels à
ceux d’ordre plus général.

 

 L’éducation
que la mère donne à ses enfants au sein de la famille
devint un thème fréquent des livres d’André
Léo de cette période. La famille doit commencer et
compléter l’œuvre éducatrice de l’école.
Comme dans l’éducation il n’y a
rien
de plus profond que les premières impressions reçues
 [138],
il faut que les parents se consacrent presque totalement à
l’éducation de leurs enfants pendant les premières
années de vie, qu’ils répondent à
leurs questions et à leurs curiosités infinies en
partant de l’analyse du réel. Appelés à
devenir des hommes libres, les enfants ne peuvent pas être
élevés en esclaves : 
brutaliser
un enfant, c’est le rendre brutal 
[139],
il faut au contraire essayer d’éveiller en eux le sens
de la responsabilité, en donnant de bons exemples. Le rôle
des mères est de toute importance dans cette œuvre
éducatrice, mais malheureusement elles ne sont pas préparées
à cette tâche difficile. Il faut qu’elles-mêmes
soient instruites, pour qu’elles puissent fonder dans la
famille les bases du système civil. 
La
famille Audroit et l’éducation nouvelle

et Le petit moi
 définissent ces principes
éducatifs. Le droit à l’instruction était
garanti à l’enfant depuis la Révolution, il
s’agissait tout simplement de le faire respecter.

 

 Des progrès
se réalisaient en cette direction, mais même après
la loi Ferry, qui rendit en 1882 l’enseignement laïque et
obligatoire, la question restait ouverte : le nombre d’illettrés
était beaucoup moins élevé à la fin du
siècle qu’en 1850 (10% de conscrits illettrés en
1890 contre 40% en 1850), mais il restait important, notamment chez
les femmes (14% de femmes illettrées mariées contre 8%
de maris). 

 

ENCORE LES PAYSANS

 

 Dans En
chemin de fer. Aux habitants des campagnes
un
socialiste explique à un paysan les vraies causes de sa
misère. En esprit éclairé il dévoile les
machiavélismes qui ont été à
l’origine des systèmes politiques autoritaires et
présente un panorama historique vu de la part des pauvres
gens. Il observe que les gouvernements ont toujours exercé un
pouvoir arbitraire sur les masses populaires, en profitant de leurs
divisions internes : 
Depuis
le commencement des sociétés le petit nombre des forts
et des habiles tient le grand nombre dans l’esclavage.
 
[140]
C’est pourquoi il est indispensable de
rechercher l’union de tous les travailleurs, des ouvriers et
des paysans, pour contraster efficacement les gouvernements ;
dans ce but il faut que les travailleurs des campagnes s’engagent
dans la lutte à côté des travailleurs des villes.

 

 Face aux
doutes de son interlocuteur il défend le droit à la
propriété privée, la petite : 
le
besoin de propriété pour tout humain…s’impose ! 
[141],
tandis qu’il s’attaque aux gros propriétaires 
terriens. Il souhaite pourtant une gestion associative des
propriétés, pour en tirer de plus gros profits. Il
explique ensuite quel devrait être le nouveau rôle de
l’Etat par rapport aux communes, qui seraient autonomes et
libres de s’organiser éventuellement entre elles, pour
proposer de meilleurs et moins chers services aux citoyens.
 
Connaître et savoir 
sont les deux conditions essentielles pour pouvoir
réaliser la justice et trouver la vérité. Alors
l’ignorance sera morte et l’humanité guérie
de ses préjugés antiques. 

 

 Ecrit deux ans
avant sa mort, à l’âge de soixante-quatorze ans,
ce livre peut être considéré son testament
spirituel .

 

LES RELIGIONS

 

 Le thème
du pouvoir autoritaire et hiérarchique a été
repris dans
Coupons le câble,
un bref traité où André Léo dénonça
durement les liens profonds qui ont toujours existé
entre les régimes monarchiques et les religions. Elle démontra
que dès l’antiquité le pouvoir politique 
vivait en symbiose avec la religion : les théocraties, en
Egypte et en Inde, en ont été le premier exemple
éclatant. Quant à la religion catholique, l’entente
avec les monarchies et les empires a été exemplaire
depuis l’empereur Constantin, qui accueillit le christianisme
 
comme une force politique .[142]

 

 Elle révéla
les complicités entre les pouvoirs politiques et religieux,
deux alliés inconditionnels qui se sont toujours soutenus l’un
l’autre pour pouvoir perpétrer la soumission de
l’humanité. Pourra-t-on s’en sortir ?

 

 André
Léo pensait que si autrefois l’homme, incapable de
comprendre et dominer la nature, avait manifesté son besoin de
croire dans des entités surnaturelles, il faut qu’aujourd’hui
il admette que s’il ne prend pas ses distances de l’Eglise
autoritaire et injuste, qui a voulu les guerres de religion,
l’Inquisition et qui a poursuivi les protestants, s’il ne
rompt pas ses liens avec les vérités dogmatiques et
l’immobilisme religieux, il n’épanouira jamais son
esprit critique au profit de la raison, de la liberté et du
progrès.

 

 André
Léo fit au contraire l’éloge des protestants qui
s’orientaient vers le libre examen, qui accordaient la liberté
à l’esprit humain. Louis XIV, en révoquant l’édit
de Nantes, voulut combattre ce mouvement progressiste, qui croyait en
une religion plus libre et plus simple.

 

 Si la religion
catholique a pu assurer sa suprématie, c’est 
par
son inoculation à l’enfance, moyen le plus sûr
pour combattre la raison avant qu’elle soit née ! 
[143]
Asservis par le joug de l’habitude,
confiants aussi dans une récompense dans l’au-delà
, les hommes ont spontanément renoncé à la
lutte pour leur émancipation sociale.

 

 Fille des
philosophes, André Léo professa sa foi dans l’homme,
la raison, le progrès. L’égalité, la
justice et la liberté en étaient le fondement. 

 

 Contre
leur Dieu barbare, l’Humanité et la Justice !
Contre leur Hiérarchie, l’Egalité. Et pour base
et mesure, l’individu humain. 
[144]

 

 

 André
Léo décéda le 20 mai 1900
[145].
Après incinération, ses cendres furent déposées 
au cimetière de l’Est, à Paris, et transportées
ensuite, le 27 mars 1906, au cimetière d’Auteuil, où
Léodile retrouva sa place à côté de son
époux Grégoire Champseix et de ses deux enfants,
décédés avant elle
[146].
Grâce à l’intervention directe d’Alain
Dalotel et à la contribution de plusieurs associations
et particuliers qui en firent graver le texte, aujourd’hui sur
sa tombe on peut lire : 

 

 

 

 
 Mme
CHAMPSEIX

 
Née LEODILE
BERA

 
Dite ANDRE LEO 

 
ROMANCIERE JOURNALISTE 
FEMINISTE 
COMMUNARDE 

 
1824-1900

 

 Elle légua
par testament une petite rente à la 
première
commune de France qui voudra essayer le système collectiviste
par l’achat d’un terrain communal, travaillé en
commun avec partage de fruits. 
[147]

 

 Ce testament
tout à fait insolite fut une ultérieure et définitive
preuve de son sens civique, de son intégrité morale,
mais aussi de la conviction profonde que “ son
socialisme ” était réellement 
praticable.

 

 

 

UNE GRANDE FEMME A FAIRE REVIVRE

 

 Dans le
panorama du mouvement socialiste du XIXe siècle, la figure
d’André Léo nous apparaît aujourd’hui
singulière et tout à fait originale.

 

 Beaucoup plus
raisonnable que les bakounistes, mal vue des marxistes, qui la
considéraient une anarchiste, sans doute s’inspira-t-elle
des “ socialistes utopistes ”, en particulier
des idéaux d’égalité, de solidarité,
d’association, de liberté, de démocratie de
Pierre Leroux. On retrouve en elle des traits de la philosophie de
Proudhon aussi, notamment en ce qui concerne la condamnation de
l’autoritarisme, de la religion, l’orientation vers
le fédéralisme, sous certains aspects la critique à
la grande propriété terrienne, la nécessité
de l’instruction pour le peuple.

 

 Mais André
Léo sut ouvrir une voie originale au socialisme. Elle avait
compris que dans un pays qui allait devenir une puissance
industrielle le seul moyen pour contraster et renverser le pouvoir
établi, c’était la formation d’un front
unitaire regroupant des classes sociales historiquement antagonistes,
mais ayant des intérêts en commun. Sa clairvoyance
consiste à avoir compris que l’intérêt
prioritaire des travailleurs n’était pas celui de se
figer dans un sectarisme stérile ou de s’affronter dans
des luttes fratricides perdantes, mais que leur supériorité
se révélerait dans une alliance la plus large possible.
Cette entente seule pourrait réduire la puissance du grand
capital et de l’aristocratie, qui perdraient leur
suprématie, en inaugurant une nouvelle ère.

 

 Son actualité
apparaît donc de toute évidence. Aujourd’hui en
occident la gauche a désormais coupé net avec les
vieilles expériences du socialisme réel et est arrivée
à instaurer, dans l’intérêt des
travailleurs, un rapport de dialectique constructive avec les classes
moyennes productives. On a compris que la politique de l’affrontement
le plus dur n’aboutit pas à la victoire, que c’est
par l’esprit de collaboration seul qu’on peut
avancer sur la voie du progrès social, économique et
politique.

 

 Cette femme
que Bakounine avait accusée de « conservatisme 
bourgeois » s’est révélée une
socialiste aux idées courageuses et innovatrices. Femme
écrivain, elle diffusa ses idées par une très
vaste œuvre littéraire. Elle montra sa prédilection
en particulier pour le roman, le genre littéraire qui
permettait la plus large diffusion de ses idées. Elle milita
en écrivant en même temps d’excellents articles
dans la presse libérale et socialiste, dans des journaux où
elle se reconnaissait ou qu’elle fondait. Elle y rapportait et
commentait les faits avec courage et détermination et n’avait
jamais peur de dire ce qu’elle pensait. Elle écrivit des
essais, où elle étudia avec rigueur et passion des
sujets brûlants : la condition de la femme, la religion. Elle
fut oratrice dans les clubs, féministe, protagoniste pendant 
l’exaltante expérience de la Commune, infatigable
défenseur des principes de justice et démocratie.

 

 Elle n’eut
pas une vie privée facile : bientôt veuve, elle
vécut une nouvelle passion qui toutefois lui procura au bout
de quelques années de nouvelles déceptions. Mais elle
assuma sa condition et pourvut par son travail à elle-même
et à ses enfants.

 

 Elle connut la
célébrité, mais passa les dernières
années de sa vie dans la solitude et l’isolement. 

 

 C’était
une femme d’une grande force intérieure, courageuse,
honnête et sincère. Elle mérite aujourd’hui,
à cent ans de sa mort, une réhabilitation
concrète et définitive.

 

 

 

 

 

FERNANDA
GASTALDELLO est professeur de langue et civilisation française
dans un lycée à Rovigo, en Italie. Elle a étudié
à l’Université de Padoue, où elle a
commencé à s’occuper d’André Léo.
Sa thèse d’Etat, André Léo : quel
socialisme ?
(Padoue, 1979, pp.379) représente la
synthèse de ses recherches. Elle a ensuite publié un
article, André Léo, scrittrice d’avanguardia,
in « Francia », n.39-40, 1980. A l’occasion
du centenaire de la mort de l’écrivain, sur demande de
quelques amis poitevins, elle est revenue sur le thème par
cette biographie commentée.

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE DE L’ŒUVRE D’ ANDRÉ LÉO PAR ORDRE CHRONOLOGIQUE

 

LES ROMANS 

 

1851 

Une vieille fille,
Bruxelles, A.Lebègue éd. (2
e
éd., 1864, Paris, A.Faure éd.)
pp.191.

 

1862

Un mariage scandaleux,
Paris, Hachette éd.
(2e éd., 1863,
A.Faure éd. ; 3e éd., 1866,

A.Faure éd. ; 4e éd.
, 1883, C.Marpon et E.Flammarion éd.), pp.500. Récemment
réédité (2e trimestre 2000) par
l’Association des Publications Chauvinoises(Chauvigny).

 

Un divorce,
Paris, bureaux du « Siècle » (2e éd.,
1866, Librairie Internationale, A.Lacroix, Verboeckhoven & C.
éd. ; 3
e éd.,
1869, ibid.) pp.490.

 

1865

Les
deux filles de Monsieur Plichon
, Paris,
A.Faure éd. (3
e
éd., 1868, L.Hachette éd.) pp.350.

 

Jacques
Galéron
, Paris, A.Faure éd.
(
2e
éd., 1865, ibid. ;3e
éd.1868, bureaux de “La

Coopération”),pp.176.

 

1867

L’idéal
au village
, Paris, Hachette et C.ie,
pp.329.

 

1869

Aline-Ali,
Paris, Librairie Internationale, A.Lacroix Verboeckhoven & C. éd.
(3e éd., 1869, ibid.),

pp.383.

 

1876

La
grande illusion des petits bourgeois
,
Paris, bureaux du « Siècle »,
pp.193-309.

 

1877

Marianne,
Paris, bureaux du « Siècle »,
pp.155-365.

 

1879

Grazia,
Paris, bureaux du « Siècle »,
pp.317-487.

 

1880

L’épouse
du bandit
, Paris, bureaux du
« Siècle », pp. 129-328.

 

1881

L’enfant
des Rudère
, Paris, bureaux du
« Siècle », (2
e
éd., s.d., S.é. Monillot),
pp.681-824.

 

1890

Les
enfants de France
, Poitiers.

 

1891

La
justice des choses
, Poitiers,
P.Blanchier, 2 voll.(2
e
éd., 1893, ibid.), 1ère
partie : Une
maman qui

ne
punit pas
, pp.341 ; 2e
partie : Les
aventures d’Edouard
, pp.350.

 

1892

Le
petit moi
, Paris, M.Dreyfous éd.,
pp.393.

 

1898

En
chemin de fer. Aux habitants des campagnes
,
Nancy, impr. Nancéienne, pp.105.

 

1899

La
famille Audroit et l’éducation nouvelle
,
Paris, E.Duruy, pp.216.

 

LES
CONTES
 

 

1867

Double
histoire. Histoire d’un fait divers
,
Bruxelles, bureaux de « La Coopération »
(2
e éd.,
1868,

Paris, L. Hachette éd., pp.229). Une traduction en italien de
ce conte se trouve in « La Plebe », n. 1

(15 janv. 1875)- n. 17 (17 mars 1875).

 

1868

Attendre-Espérer.
Les désirs de Marinette
, Paris,
L. Hachette (2
e éd.,
1868, ibid.), pp.226.

 

1870

Légendes
corréziennes
, Paris, L.
Hachette, pp.210.

 

1873

La
commune de Malempis
, in « La
République Française » (2
e
éd., 1874, Paris, Librairie de la

Bibliothèque démocratique, pp.191.) Une traduction en
italien de ce conte se trouve in « La Plebe »,

1881, appendice.

 

LES
TRAITÉS
 

 

1869

La
femme et les mœurs. Liberté ou monarchie
,
Paris, au journal « Le droit des femmes »,
pp.174. Il

existe une édition récente : Tusson(Charente), Du
Lérot éd., 1990.

 

1899

Coupons
le câble
, Paris, A. Fischbacher
éd., pp.82.

 

UN
ESSAI
 

 

1865

Observations
d’une mère de famille à M.Duruy
,
Paris, A.Faure éd., pp.48.

 

UNE CIRCULAIRE

 

1870

A.LEO, J.TOUSAINT, E.RECLUS, A tous les démocrates, in
« L’Agriculteur », journal du

dimanche, Paris, impr. de J. Voisvenel, 14, rue Chauchat, pp.2.

UN MANIFESTE

 

1871

Au
travailleur des campagnes
, in « La
Commune », 10 avril et in « La Sociale »,
3 mai. On le

trouve aussi in B.MALON, La troisième défaite du
prolétariat français
, Neuchâtel, impr.
Guillaume

fils, pp.169-173.

 

UN DISCOURS

 

1871

La
guerre sociale
,
(discours prononcé au Congrès de la Ligue de la paix et
de la liberté, tenu à

Lausanne le 27 sept. 1871), Neuchâtel, impr. Guillaume fils,
pp.39.

 

ŒUVRES D’ANDRÉ
LÉO DONT ON NE CONNAÎT QUE LE TITRE :
 :

L’institutrice

Marie la Lorraine

Les drames
du cerveau

Sœur
Sainte Rose

Communisme et propriété

Le père Brafort

 

LES ARTICLES

 

1867

Lettre au rédacteur,
in « La Coopération », n.12, 10 février.

Les fêtes coopératives,
in « La Coopération », n.15, 24 mars.

Les associations à
Nantes
, in « La
Coopération », n.18, 5 mai.

[Article nécrologique à
la mémoire de Grégoire Bordillon
], in « La
Coopération », n.25, 11

août.

L’économiste et
la ménagère
, in « La
Coopération », n.26, 25 août.

 

1868

L’association agricole,
in « La Coopération », n.10, 12 janvier.

Les Etats-Unis de l’Europe,
in « La Coopération », n.12, 9 févr.

1869

s.t., in « L’Egalité »,
n.8, 13 mars.

La Ligue des femmes en France,
in « Les Etats-Unis d’Europe », n.5,
2
ème année,
31 janv. et in « Le Journal des Femmes »,
n.2, 20 mars. 

A.LEO, N.RECLUS, VERDURE, LIEUTIER,
RICHER, Revendications des droits civils, in “Le Droit
des femmes” , n.2, 18 avril.

 

1871

A.LEO, BUISSON , CHALAIN ,
CHATE , COUPERY, DAVOUST , DIANOUX , DOBY, RUET,
LANJALLEY, MALON, MANGOLD, RECLUS, REY, SEVIN, Notre programme,
in « La République des Travailleurs »,
n.1, 10 janv.

Le
fétichisme
, in « La
République des Travailleurs », n.2, du 15 au 22
janv.

Bulletin,
in « La République des Travailleurs »,
n.3, du 22 au 29 janv.

Vouloir,
in « La République des Travailleurs »,
n .4, du 29 janv. au 5 févr.

Les
Prussiens de Paris
, in « La
République des Travailleurs », n.4, du 29 janv. au
5 févr.

Les
spéculateurs
, in « La
République des Travailleurs », n.4, du 29 janv. au
5 févr.

Les
arrivés
, in « La
République des Travailleurs », n.5, 3 févr.

Non,
tout n’est pas fini
, in « La
République des Travailleurs », n.6, 4 févr.

La
France avec nous
(1ère
partie), in « La Commune »,
n.21, 9 avril, (2
e
partie), in « La Commune »,

n. 22, 10 avril.

[A.LEO], Les conciliateurs, in « La Sociale »,
10 avril.

Toutes
avec tous
, in « La
Sociale », 12 avril et in « La Commune »,
n.25, 14 avril.

Le
droit commun
, in « La
Sociale », 18 avril.

[A.LEO], Pas de conciliation, in « La Sociale »,
20 avril.

La
plus libérale des Assemblées
,
in « La Sociale », 21 avril.

Appel
aux consciences
, in « La
Commune », n.33, 22 avril et in « La Sociale »,
23 avril.

[A.LEO], Le programme de la Commune, in « La
Sociale », 22 avril.

[En faveur de la liberté de presse], in « La
Sociale », 22 avril.

A .LEO, A.JACLARD, S.POIRIER, BUISARD, [Témoignage de
dévouement à la Commune
], in

« Le Cri du Peuple », n.55, 26 avril.

Un
soufflet prussien au grand orateur
, in
« La Sociale », 26 avril.

Les
soldats de l’idée
, in « La
Sociale », 28 avril.

Les
neutres
, in « La Sociale »,
30 avril.

A.LEO, A.JARRY, A.COLLET, E.FALLON, GASDON, E.REICHE, M.BRIFFANT,

M.PEURIANT, O.RUPPER, [Appel aux femmes], in « Le
Cri du Peuple », n.62, 2 mai.

Le
socialisme aux paysans
, in « La
Sociale », 3 mai.

Aventures
de neuf ambulancières à la recherche d’un poste
de dévouement
, in « La
Sociale », 6

mai.

La
révolution sans la femme
, in
« La Sociale », 8 mai.

Réponse
au citoyen Rossel
,
délégué à la guerre, in « La
Sociale », 9 mai.

Le
complot monarchique en province
(1ère
partie), in « La Sociale »,
12 mai.

Citoyens
rédacteurs
, in « La
Sociale », 14 mai.

Une
enquête urgente
, in « La
Sociale », 15 mai.

Le
complot monarchique en province
(2e
partie), in « La Sociale »,
16 mai.

[A.LEO], Congrès de Lausanne, in « Le Réveil
International », n.2, 2 oct.

[A.LEO], Meeting de l’Internationale, in « La
Révolution Sociale », n.1, 26 oct.

[A.LEO], Comment des socialistes honnêtes, intelligents et
dévoués sont expulsés de

l’Internationale
de Genève
, in « La
Révolution Sociale », n.2, 2 nov.

[A.LEO], L’esprit de l’Association
Internationale
, in « La Révolution sociale »,
n.3, 9 nov.

[A.LEO], Le débat survenu dans l’Internationale,
in « La Révolution Sociale », n.6, 30
nov.

 

1872

L’éducation
et la bible
, in « Almanach
du peuple pour 1872 ». Mainteanant in AAVV,
Simples

questions
sociales
, Saint-Imier, s.d., pp.22-26.

 

1873

L’éducation
démocratique
, in « Almanach
du peuple pour 1873 », 3
e
année.

 

1880

La
femme en Italie
, in « Ordre
Social », n.6, pp.175-183.

 

 

 

 



[1]
E.THOMAS,
Les
Pétroleuses
,
Paris, Gallimard, 1963, p.141.

[2]
J. BARBEY
D’AUREVILLY,
Les
Bas-Bleus
,in
Les
œuvres et les hommes
,
Genève, Slatkine Reprints, 1968, t.V.

[3]
M.DURIEZ,
s.t. in « Le Siècle », le 4 sept.1863. D’autres
appréciations de l’oeuvre d’André
Léo sont venues de J. Vallès,
Œuvres
Complètes
,
Paris, Les éditeurs français réunis,Thechel, in
« L’Indépendance belge », le 20 août
1864, de Charles-Bernard Derosne, in « Le Constitutionnel »,
le 28 juillet 1863, d’Emile Deschanel, in « Journal des
débats », le 20 janvier 1865, de Xavier Eyma, in 
« Le journal de Nice », le 26 janvier 1865. En outre
Benoît Malon la considérait “un des plus grands
écrivains de notre temps”. (B. MALON,
La
troisième défaite du prolétariat français
,
Neuchâtel, G.Guillaume fils éd. 1871, p.273.)

[4]
André
Léo défendit Rossel de sa trahison présumée :“
Le
citoyen Rossel gênait votre ambition mesquine ; ses
connaissances militaires, sa clairvoyance, son sang –froid
vous faisaient ombrage, il fallait vous en défaire –et
vous avez employé le moyen le plus odieux : celui de l’accuser
de trahison…Vous ne l’avez pas compris, parce que vous
n’êtes pas révolutionnaires, que vous n’êtes
que de vulgaires ambitieux”.
Les
Rédacteurs de la Sociale,
Les
infâmes
,
in “La Sociale”, 16 mai 1871.

 

[5]
P.LAROUSSE,
Dictionnaire
Universel du XIXe siècle
,
Paris, Administration du Grand dictionnaire Universel, 1867 ;
O.LORENZ,
Catalogue
général de la librairie française
,
Paris, O.Lorenz éd., 1867-1888 ; J.MAITRON,
Dictionnaire
biographique du mouvement ouvrier français
,
Paris, les éditions ouvrières, 1964 ; B.NOEL,
Dictionnaire
de la Commune
,
Paris, Flammarion, 1978 ; J.CHAGNOLLEAU,G.DEZ, R.CROZET, J.LAVAUD,
Visages
du Poitou
,
collection “Les Horizons de France”, Strasbourg, 1965.

[6]
Pour ces
informations et de plus complets détails sur la vie de Joseph
Charles Béra et de la famille Béra, on renvoie à
deux biographies d’André Léo : C. LATTA,
Léodile
Champseix dite André Léo
,
in Histoire et Sociétés n. 68 et R. PICARD,
Femmes
célèbres du Poitou et des Charentes
,
Amiens, Martelle ed., 1998.

[7]
ANDRE LEO,
Le
mariage scandaleux
,
Paris, Hachette éd., 1862, p.1.

[8]
ANDRE LEO,
L’enfant
des Rudère
,
Paris, S.E. Monillot, s.d. , p. 208. 

[9]
ANDRE LEO,
Une
vieille fille
,
Bruxelles, Alphonse Lebègue éd., 1851. Un 
exemplaire de cette édition est conservé au
« Gabinetto G.P. Vieusseux » à
Florence.

[10]
A. Lebègue
travaillait sans arrêt et s’assura vite une très
bonne réputation d’imprimeur-éditeur ; dans
son catalogue on retrouve les noms de Dickens, George Sand,
Théophile Gautier, Lamartine, Eugène Sue, Victor Hugo
et notamment A.Dumas père.

[11]
Ce ne fut
que le 22 août 1852 qu’une convention franco-belge
abolit la contrefaçon des livres français en Belgique.
Cette convention fut mise en vigueur deux ans plus tard.

[12]
Pierre
Leroux (1797-1871) était un des principaux représentants
du socialisme « utopiste ». Disciple de Saint
Simon, il considérait l’égalité,
l’association, la solidarité, la liberté, la
démocratie les fondements de sa doctrine. Il essaya aussi
d’orienter les écrivains vers une littérature
populaire, capable de traduire sous forme artistique les instances
sociales du peuple. V.Hugo et G.Sand en furent directement
influencés. G. Sand, en particulier, fit de ses romans une
interprétation passionnée de ses conceptions
philosophiques. 

[13]
Pas loin de
Lausanne (11 Km.), l’église d’Assens a servi
simultanément, jusqu’en 1845, aux cultes
catholique et luthérien, car la paroisse, composée
de quatre villages, était de culte mixte. Une église
catholique existait à Lausanne depuis 1835, mais au milieu du
XIXe siècle les tensions religieuses étaient vives :
en 1849 certains curés furent suspendus ou expulsés du
pays. 

[14]
L’acte
officiel est conservé dans le
Registre
des mariages
de
la paroisse catholique d’Assens (années 1821-1887), au
numéro 98. On y fait mention explicite des permissions
obtenues. Pour ce qui concerne l’autorisation au
mariage cf.
Registre
Etat Civil. Mariages du 18 nov 1850 au 1
er
déc.
1853
,
commune de Lausanne, vol. 9 (318.36), p. 153.

[15]
ANDRE LEO,
Marianne
,
Paris,
Bureaux du Siècle, 1877, p.355.

[16]
Registre
des naissances de la Paroisse de Lausanne
.
Du 7 juin 1851 au 9 août 1854, vol.14 ( 318.19), p. 306. Il
n’existe nulle trace du baptême catholique ni dans les
registres de la paroisse d’Assens, ni dans ceux de la paroisse
Notre-Dame de Lausanne.

[17]
Registre
des Recensements communaux
,archives
communales de Lausanne, (314.29) à (315.2). Dans les

Permis
de domicile
de
la commune de Lausanne les Champseix annoncent leur départ
pour Genève vers le printemps 1860.

[18]
Une
indication précise à ce sujet nous est donnée à
la fin du roman de l’édition de la Librairie
Internationale Lacroix, Verboeckhoven et C.ie (1866).

 

[19]
ANDRE LEO,
Les
deux filles de M. Plichon
,
Paris,
A.Faure, 1865, p.230.

[20]
Les notices
biographiques de cette période sont tirées de
P.LAROUSSE,
Dictionnaire
Universel du XIXe siècle
,
op.cit., p.905.

[21]
C.B.DEROSNE,
[
Eloge
à André Léo
],
in « Le Constitutionnel », 28 juill. 1863. Le
même article est reproduit à la fin de
Une
vieille fille
,
Paris, librairie A.Faure, 1864, p. 211.

[22]
ANDRE LEO,
Un
divorce
,
Paris, Librairie Internationale, 1866 , p.475.

[23]
D’après
les informations fournies par M.Gagnaire, de Champagné
Saint-Hilaire.

[24]
P. LAROUSSE, Dictionnaire
Universel du XIXe siècle
,
op.cit., p.905.

[25]
Id.

[26]
ANDRE LEO,
Les
deux filles de Monsieur Plichon
,
op.cit., p.345.

[27]
A.PROST, L’enseignement
en France 1800-1967
, Paris, Colin,
1968, p.178.

[28]
Id.

[29]
ANDRE LEO,
Jacques
Galéron
,
Paris, A.Faure librairie-éditeur, 1865, p.152.

[30]
Id.

[31]
Duruy a été
ministre de l’Instruction publique de 1863 à 1869.

[32]
ANDRE LEO,
Observations
d’une mère de famille à Monsieur Duruy
,Paris,
A.Faure éd., 1865, p.44.

[33]
La nouvelle
pédagogie des Paul Lapie, Gréard et Buisson
privilégiait depuis le second Empire la méthode
de l’observation, de la pratique et s’opposait à
l’exercice de la mémoire et de l’étude
abstraite. Ces méthodes étaient défendues et
propagées par une minorité de partisans, qui étaient
souvent repoussés hors de l’école publique et
persécutés. (A.PROST,
L’enseignement
en France,
op.cit.,
p.279).

[34]
A. PROST,
Ibid., p115.

[35]ANDRE
LEO,
Aline-Ali,
Paris, Librairie Internationale, A.Lacroix Verboeck-hoven& C.
ed.,p.368.

[36]
ANDRE LEO, Aline-Ali, Ibid., p.264.

[37]
ANDRE LEO,
Attendre-
Espérer. Les désirs de Marinette
,
Paris, L.Hachette, 1868, p.11-12.

[38]
Ibid.

[39] 
On peut lire
aujourd’hui un choix de ses articles parmi les plus
significatifs dans un dossier préparé par
l’Association André Léo :
André
Léo, une journaliste de la Commune

16140 Aigre, éd. du Lérot rêveur, n.44, 1987.

[40]
La
Coopération ,
Paris,
9 septembre 1866- 14 juin 1868. Imprimé à Bruxelles.
Journal du progrès social, qui paraissait tous les
dimanches de tous les quinze jours.

[41]
ANDRE LEO,
Lettre
au Rédacteur
,
 in « La Coopération », le 10
février 1867, n.12.

[42]
ANDRE LEO,
Les
Associations à Nantes
,
in « La Coopération », le 5 mai 1867,
n.18.

[43]
id.

[44]
ANDRE LEO,
Les fêtes coopératives
,
in « La Coopération », le 24 mars 1867,
n.15.

[45]
ANDRE LEO,
Lettre au Rédacteur
,
in loc. cit.

[46] 
Id.

[47] 
Id. et
ANDRE LEO,
L’économiste
et la
ménagère,
in « La Coopération », le 25 août
1867, n.26.

[48]
ANDRE LEO,
La
grande illusion des petits bourgeois,
Paris,
bureaux du Siècle, 1876, p.253.

[49]
Hebdomadaire
fondé à Genève en décembre 1868,
L’Egalité
était
l’organe de laFédération des sections romandes
de l’Internationale. Bakounine, Perron, J.Guillaume et
Schwitzguébel en furent les principaux rédacteurs
jusqu’au 3 janvier 1870.

[50]
in
L’Egalité, 27 février 1869, n.6.

[51]
ANDRE LEO,
s.t. in “L’Egalité”, 13 mars 1869,
n.8.

[52] 
Id.

[53] 
Id.

[54] 
Id.

[55] 
Id.

[56] 
Id.

[57]
Tout
compromis, toute concession aurait pour effet de reculer
l’émancipation complète du travail”.[C.PERRON],
[
Critique
à André Léo
],
in « L’Egalité » 13 mars 1869.

[58]
[M.BAKOUNINE],
[
Critique
à André Léo
],
in « L’Egalité », 27 mars 1869,
n.10.

[59] 
B.Malon
(1841-1893), éminente figure du socialisme du XIXe siècle.
Voir plus loin : La rencontre avec B.Malon.

[60]
A.DALOTEL,
Benoît
Malon, troisième fils d’André Léo ?
,
in « Du Forez à La revue Socialiste : Benoît
Malon ( 1841-1893) », Publications de l’Université
de Saint-Etienne, effet de reculer l’émancipation
complète du travail”.[C.PERRON], [
Critique
à André Léo
],
in « L’Egalité » 13 mars 1869.

[60]
[M.BAKOUNINE],
[
Critique
à André Léo
],
in « L’Egalité », 27 mars 1869,
n.10.

[60] 
B.Malon
(1841-1893), éminente figure du socialisme du XIXe siècle.
Voir plus loin : La rencontre avec B.Malon.

2000,
p.77.

[61] 
P.LACOMBE,
J.TOUSSAINT, E.RECLUS, A.LEO,
A
tous les démocrates
,
circulaire rédigée pour « L’Agriculteur »,
journal du dimanche, Paris, impr. de J. Voisvenel, 14, rue Chauchat,
1870, p.1.

[62] 
A.DALOTEL,
Benoît
Malon, troisième fils d’André Léo ?
,
in op. cit., p.73. 

[63] 
Ibid., p.74.

[64] 
Ibid.,p.81.

[65] 
Pour la biographie de B.Malon et ses
rapports avec André Léo on renvoie aussi à
C.LATTA,
Léodile Champseix dite
André Léo
, in loc. cit.

[66] 
Cité d’après
A.DALOTEL, A.FAURE, J.C.FREIERMUTH,
Aux
origines de la Commune. Le mouvement des réunions publiques à
Paris, 1868-1870
,
Paris, Maspéro, 1980, p.170.

[67] 
L’influence
de Proudhon sur les ouvriers français était grande. La
section française de l’Association Internationale des
Travailleurs (A.I.T.), organisée par les proudhoniens Tolain,
Fribourg, C.Limousin, s’était exprimée contre la
participation des femmes à la production et donc au
travail.

[68] 
D’après
E.THOMAS,
Les
pétroleuses,
op.cit.,
pp. 40-41.

[69]
Cité d’après ALESSANDRA ANTEGHINI, Parità
Pace Libertà, Marie Goegg e André Léo
nell’Associazionismo Femminile del secondo Ottocento
,
Genova, Name ed., 1998, p.65. L’article en
question, note A. Anteghini, a été publié
dans deux revues différentes : « Les
Etats-Unis d’Europe », n.5, 2
e
année, 31 janv. 1869, p.18 et « Le
Journal des Femmes », n.2, 20 mars 1869, p.2. Le livre de
A.Anteghini prend en examen les associations des femmes qui, en
France et en Suisse, se sont battues dans la deuxième moitié
du XIXe siècle pour le travail coopératif, la paix,
l’éducation, les droits civils et politiques.

[70]
D’après A.ANTEGHINI : André
Léo, Noémie Reclus, Mme Verdure, Nelly Lieutier, la
femme de Richer,
Revendications 
des droits civils
, in « Le
Droit des Femmes », 18 avril 1869.

[71]
Cité
d’après INGE TRYML,
Une
grande figure méconnue- André Léo- sous
l’Empire et la Commune,
in
La Commune, janv.1982, n.16, p.21.

[72] 
ANDRE LEO,
La
femme et les mœurs. Liberté ou monarchie,
Paris,
in« Le Droit des Femmes », 1869, p.73. Il
existe une récente édition de ce traité publié
chez Du Lérot éd., Tusson (Charente), 1990, avec une
préface de Monique Biarnais.

[73] 
Ibid., p.
105

[74] 
ANDRE LEO, Marianne,
op.cit., p.352.

[75] 
J.VALLES,
L’Insurgé,
in
Œuvres
Complètes
,
Paris, Les éditeurs français réunis, 1951-1968,
p.144.

[76] 
L.MICHEL, La
Commune,
 Paris,
P.-V. Stock, 1898, p.29

[77] 
E. THOMAS, Les
pétroleuses
, op.cit, p.58.

[78]
A.LEO,
BERTEAULT, BUISSON, CHALAIN, CHATE, COUPERY, DAVOUST,
DIANOUX,DOBY,RUET,LANJALLEY,MALON,MANGOLD,E.RECLUS,M.RECLUS,A.REY,
RSEVIN,
Notre
programme,
in 
« La République des Travailleurs », 10 janv.
1871, n1.

[79]
LA
REDACTION,
L’union
pour le salut
,
in « La République des Travailleurs »,
du 22 au 29 janv. 1871, n.3.

[80]
ANDRE LEO,
Le
fétichisme
,
in « La République des Travailleurs »,
du 15 au 22 janv. 1871, n.2.

[81]
ANDRE LEO,
Les
spéculateurs
,
in « La République des Travailleurs »,
du29 janv.au 5 fév.1871,n.4.

[82]
ANDRE LEO,
Bulletin,
in « La
République des Travailleurs »,du 22 au 29
janv.1871,n.3.

[83]
ANDRE LEO,
Vouloir,
in « La
République des Travailleurs », du 29 janv. au 5
fév.1871,n.4.

[84]
« Journal
Officiel », 22 mai 1871. La commission de l’enseignement
de la Commune avait décidé le relèvement
des traitements des instituteurs et des institutrices et, pour la
première fois, avait proclamé l’égalité
des salaires entre les hommes et les femmes. (E.THOMAS,
Les
Pétroleuses
,
op.cit., p.136)

[85]
La
Sociale
,journal
politique quotidien du soir (31 mars 1871-18 mai 1871).

[86]
La
Commune,
journal
du soir, (20 mars 1871- 19 mai 1871).

[87]
Le Cri du Peuple, journal
politique quotidien, (22 févr.-12 mars 1871 et 21 mars-23 mai
1871).Rédacteur en chef J.Vallès.

[88]
P.ALBOUY, Le
mythe de Paris et la Commune
,
in A.A.V.V.,
Ricerche
sulla Comune
,
Milano, Centro grafico S, 1974, p.24.

[89]
ANDRE LEO,
Appel
aux consciences
,
in « La Sociale », 23 avril et in « La
Commune », 22 avril.

[90]
ANDRE LEO,
La
France avec nous
,
Ière p., in « La Commune », 9 avril.

[91]
[ANDRE LEO],
Au
travailleur des campagnes
,
in « La Commune », 10 avril et in « La
Sociale », 3 mai. On le trouve reproduit aussi dans
B.MALON,
La
troisième défaite du prolétariat français

Neuchâtel, G.Guillaume fils ed. 1871,pp.169-173.

[92]
Id.

[93]
Id.

[94]
ANDRE LEO,
La
France avec nous
,
Ière p. , in loc.cit.

[95]
Id.

[96]
[ANDRE LEO],
Pas de conciliation
,
in « La Sociale », 20 avril.

[97]
B. MALON, La
troisième défaite…,
op.cit.,
p.189.

[98]
ANDRE LEO,
Les
soldats de l’idée,
in
« La Sociale », 28 avril.

[99]
ANDRE LEO,
Toutes
avec tous
,
in « La Sociale », 12 avril et in « La
Commune », 14 avril.

[100]
ANDRE LEO,
Aventures
de neuf ambulancières à la recherche d’un poste
de dévouement
,
in « La Sociale », 6 mai.

[101]
ANDRE LEO,
La
Révolution sans la femme
,
in « La Sociale », 8 mai.

[102]
[ANDRE LEO], Le
programme de la Commune
, in « La
Sociale », 22 avril. L’indépendance des
communes de France était aussi l’un des objectif de
l’Association Internationale des Travailleurs.

[103]
ANDRE LEO,
[En
faveur de la liberté de presse
],
in « La Sociale », 22 avril.

[104]
L.-ROSSEL,
Mémoires
et Correspondance de Louis Rossel
,
1844-1871, Paris, P.-V.Stock, 1908, pp.250-252.

[105]
ANDRE LEO,
Citoyens
rédacteurs,
in
« La Sociale », 14 mai.

[106]
LES
REDACTEURS,
Les
infâmes
,
in « La Sociale », 16 mai.

[107]
ANDRE LEO,
La
guerre Sociale,
Neuchâtel,
impr.Guillaume fils, 1871, p.5.

[108]
Réfugiée en Suisse, après la
défaite de la Commune, André Léo dénonça
dans des conférences publiques les horreurs de la semaine
sanglante. Elle ne les publia pas toutes, mais B.Malon en
reproduisit plusieurs passages dans
La
troisième défaite du prolétariat français
,
op.cit., pp.441, 450, 490.

[109]
Fondée
en 1867, la Ligue de la paix et de la liberté était
une organisation de bourgeois libéraux.

[110]
ANDRE LEO,
La
guerre sociale
,
Neuchâtel, impr.Guillaume fils, 1871.

[111]
Ibid., p.5.

[112]
Ibid., p.11.

[113]
Ibid., p.12.

[114]
Ibid., p.14.

[115]
Ibid., p.25.

[116]
Ibid., p.25.

[117]
Ibid., pp
38-39.

[118]
D’après
Nature
de l’action politique du prolétariat
,
IIIe résolution votée au Congrès International 
Fédéraliste de Saint Imier, tenu le 15 et 16 septembre
1872. A ce propos voir J.FREYMOND,
La
Première Internationale, Recueil de documents
,
Genève, librairie E. Droz, 1962, t.II, p.7.

[119]
J.GUILLAUME, L’Internationale.
Documents et souvenirs (1864-1878),
Paris,
Société nouvelle de librairie et d’édition
(t.I et II), P.-V.Stock éd. (t.III et IV), 1905,1907,
1909,1910,3
e partie,
ch.12, p.219.

[120]
La
Révolution Sociale
,
Genève, 26 oct.-4 janv. 1872 ; hebdomadaire paraissant
le jeudi. A partir de nov. 1871 il devint l’organe de la
fédération jurassienne et soutint les thèses de
Bakounine contre celles de Marx.

[121]
L’une
des principales préoccupations de cette Section était
la diffusion des idées socialistes dans les campagnes.

[122]
[ANDRE LEO],
Le
débat survenu dans l’Internationale
,
in « La Révolution Sociale », 30
nov.1871, n.6.

[123]
[ANDRE LEO],
L’Esprit
de l’Association Internationale
,
in « La Révolution Sociale », 9 nov.
1871, n.3.

[124]
Id.

[125]
D’après
J.GUILLAUME,
L’Internationale,
op. cit., t.II, p.222.

[126]
ANDRE LEO,
En
chemin de fer
,
Nancy, Imprimerie Nancéienne, 1898, pp.95-98.

[127]
ANDRE LEO,
L’éducation
et la bible
,
in « Almanach du Peuple pour 1872 »,
déc :1872.

[128]
ANDRE LEO, L’éducation
démocratique
, in « Almanach
du peuple pour 1873 », déc.1873.

[129]
A.DALOTEL, Benoît
Malon, troisième fils d’André Léo
,
op. cit., p.88.

[130]
J.GUILLAUME,
L’Internationale,
op.cit., t.III, p. 321.

[131]
Ibid., t.IV,
p.309.

 

[132]
ANDRE LEO,
La
femme en Italie
,
in l’ « Ordre Social », n.6, pp.175-183.

[133]
Id.

[134]
J.MAITRON,
Dictionnaire
biographique du mouvement ouvrier français
,
op.cit., p.52.

[135]
Id. et B.NOEL, Dictionnaire
de la Commune
, op.cit..

[136]
ANDRE LEO,
L’enfant
des Rudère
,
op.cit., p.416.

[137]
ANDRE LEO, Ibid.,p.280-281.

[138]
ANDRE LEO,
La
famille Audroit et l’éducation nouvelle
,
Paris, E.Duruy, 1899, p.72.

[139]
ANDRE LEO, Ibid., p.207.

[140]
ANDRE LEO,
En
chemin de fer. Aux habitants des campagnes
 ,
Nancy, impr. Nancéienne, p.37.

[141]
Ibid., p.80

[142]
ANDRE LEO,
Coupons
le câble
,
Paris, A. Fischbacher, 1999, p.21.

[143]
ANDRE LEO,
En
chemin de fer
,
op. cit., p.48.

[144]
ANDRE LEO,
Coupons
le câble,
op.cit.,
p.39.

[145]
D’après
le texte de l’allocution prononcée par Alain Dalotel,
qui rendit hommage à André Léo au
cimetière d’Auteuil à Paris, le 19 octobre 1991.
Documentation de l’Association André Léo,
Lusignan.

[146]
Léo,
ingénieur civil, était mort en 1885 ; André,
professeur de chimie agricole, décéda en 1893.

[147]
Testament
d’André Léo d’après A.VEBER,
Mouvement
social en France et à l’étranger
,
in « La revue socialiste », février
1901, t.33, n.194, p.225.

 


- Le site Les Editions Chauvinoises et ses cahiers dédiés à André Léo "http://www.chauvigny-patrimoine.fr/...".