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Léodile Bera-Champseix, dite André Léo (1824- 1900)

  George Sand poitevine ?

Posté le 7 décembre 2006 00:30, par Olivier Picard et publié dans " L’AVENIR DE CIVRAY"

jeudi 8 février 2007

Léodile Béra-Champseix, dite André Léo (1824- 1900) George Sand poitevine ?

Léodile Béra est née à Lusignan le 18 août 1824 et resta mélusine jusqu’en 1830, puis vécut à Champagné St Hilaire, berceau de sa famille paternelle, jusqu’en 1851, année de son mariage avec le journaliste Pierre Grégoire Champseix, âgée de 27 ans. Léodile fut une fine observatrice des coutumes poitevines du milieu du XIXe siècle. Avec son père, juriste aux idées avancées, et ses amis républicains et francs-maçons, elle suivit le mouvement des idées socialistes et révolutionnaires. Rejoignant en Suisse son mari (proscrit par Louis Napoléon pour ses idées opposées au Second Empire autoritaire), elle se charge de l’éducation de ses deux fils, André et Léo, dont elle prendra plus tard les prénoms pour former un pseudonyme lui permettant d’éditer ses romans à thèse, chose impossible en 1860 pour une femme.

Un Mariage Scandaleux : tendre histoire d’amour dans un village de la Vienne, Champagné St Hilaire, au milieu du XIXe sciècle !

De retour en France, Léodile Béra cherchera en effet à éditer en 1862 son premier roman « Un mariage scandaleux » qui reçoit de bonnes critiques, (Comparée à George Sand : même force, même ampleur, même simplicité…) : La commune de Champagné St Hilaire (Chavagny à l’époque) sert de cadre à l’intrigue : Les scènes de la vie quotidienne, les travaux des champs selon les saisons, les fêtes, ballades ou deuils y sont relatés avec beaucoup de précision. Dans ce roman champêtre, Léodile nous présente quelques familles bourgeoises (nanties ou ruinées) ou des foyers de paysans pauvres. Le thème du livre est le mariage d’amour entre un journalier agricole et une jeune fille de la moyenne bourgeoisie : ce roman, dont Jules Vallès fit l’éloge, bouscule les traditions séculaires et les convenances bourgeoises et religieuses de la société du Second Empire. Léodile campe des gens de la ville, des arrivistes, des « hobereaux » avec leurs préjugés et leurs « mariages de raison » arrangés selon la dot ou la valeur des terres. Léodile Béra écrira d’autres romans tels « Une vieille fille, Un divorce, Les deux filles de M. Plichon, Jacques Galeron, L’idéal au village, Aline-Ali…), qui parurent aussi dans le journal « Le Siècle », et lui donnèrent une certaine notoriété dans le monde socialiste et féministe de la fin du Second Empire, et lui permit d’écrire dans la revue « Le droit des femmes », ou dans les journaux « La réforme, l’opinion nationale ». Léodile Bera fut la seule femme de lettre à participer activement au mouvement populaire de la commune, créant un journal « La sociale », où elle rappelle ses objectifs sur l’éducation des filles « …fonder l’éducation sur la liberté, la science, la justice et l’égalité, (…) former des citoyennes libres dans un pays libre ». Pendant la commune, elle côtoya Louise Michel, Elisa Gagneur, Jules Vallès et Benoît Malon. Grâce au travail des chercheurs et historiens, les actions et écrits d’André Léo prennent de plus en plus d’importance dans l’histoire des droits de la Femme comme dans celle de la Commune de Paris. La réédition du premier roman de Léodile Béra, Poitevine de naissance, contribue à une meilleure connaissance de la romancière, de la journaliste, de la militante féministe et socialiste de la première heure. Elle avait un siècle d’avance pour certaines revendications.

(Extrait de la préface de « Un mariage scandaleux » par Roger PICARD, historien) UN MARIAGE SCANDALEUX Cahier du Pays Chauvinois